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Émile Basly

LE MONUMENT :
Le visiteur qui pénètre dans Lens par la route d'Arras est accueilli par l'auguste statue de bronze d'ÉmileEmile Basly Basly. Haute de 2,50 m et pesant près de 700 kg, elle est portée par un socle sur lequel figurent trois bas-reliefs représentant la mine, la mairie de Lens et la Chambre des députés.
Le monument fut inauguré le 8 octobre 1933. Il se trouvait alors au rond-point Bollaert. L'événement donna lieu à un immense rassemblement: les sociétés musicales et sportives, les organisations ouvrières, politiques et syndicales étaient de cet hommage à l'ancien maire de Lens, mort cinq ans plus tôt. Maës, Cadot, Jouhaux et Blum prononcèrent, devant la foule, des discours rappelant son oeuvre.
Pendant la guerre, les Allemands réquisitionnèrent toutes les statues de bronze pour les expédier outre-Rhin où elles devaient être refondues. Celle d'Émile Basly échappa à ce sort. Elle fut déboulonnée de son socle et cachée dans le garage municipal, avenue Raoul Briquet. Dans les années 50, on décida de l'ériger de nouveau, à son emplacement actuel
L'HOMME :
Emile Basly L'an 1854, le 29 mars, Monsieur Émile Joseph BASLY, tonnelier, âgé de 19 ans, comparaît devant l'officier d'Etat-Civil de la ville de Valenciennes. Il déclare que ce jour à dix heures et demie du matin, son épouse, Hyacinthe LAUVENARD, âgée de 21 ans, herscheuse à la Compagnie des Mines d'Anzin, a mis au monde un enfant de sexe masculin auquel il donne les prénoms: Émile, Joseph. L'accouchement s'est déroulé au domicile des époux -selon la coutume de l'époque - " Faubourg de Paris, rue route N° 16, section du sud ". Les témoins étaient Dieudonné RENOTTE, 34 ans, marchand de chevaux et Emmanuel CANTIN, 70 ans, journalier, lequel n'a pu signer le registre.
Nul, à ce moment, ne peut imaginer que ce nourrisson connaîtra la notoriété sous les surnoms: " le mineur indomptable " ou " le tsar de Lens ".
L'enfant va vivre une jeunesse douloureuse. Orphelin en 1864, peu après son dixième anniversaire, il sera placé sous la tutelle des religieuses de la Doctrine Chrétienne de Valenciennes. Il y reçoit une rapide instruction primaire puis entre en apprentissage chez un peintre. Placé ensuite dans une famille de mineurs, il se trouve dans l'obligation de s'embaucher à la Compagnie des Mines d'Anzin. A l'âge de douze ans, il est " galibot " à la fosse Villars, à quinze ans, il devient herscheur; à dix neuf ans il sera abatteur, profession qu'il exercera pendant dix huit années. Jusqu'à sa majorité, il demeure placé sous la tutelle légale de l'hospice, il a de multiples démêlés avec les religieuses, ce qui fera naître chez lui un sentiment anticlérical virulent.
En 1875, au retour de son service militaire, il épouse Joséphine FOURNIER, sœur d'un camarade qui lui avait appris le dur métier de mineur. De retour au foyer, après douze heures de travail au fond - loi du 22 mars 1841 - Basly se plonge dans la lecture; excellent ouvrier, dur à la tâche, il se forge une remarquable culture d'autodidacte.
Après le décès de son épouse, il élève seul leur petite fille, mais ne tardera pas à convoler en secondes noces avec la nièce de sa première femme.
Le deuil le frappera à nouveau; après quinze ans de mariage, sa seconde épouse décède ainsi que sa fille qui n'a que 22 ans.
Il contracte un troisième mariage avec Mademoiselle AUGUSTA, directrice des postes qui lui donnera un fils Marcel, mort en 1937.
Basly avait deux sœurs. La cadette mourut jeune encore. L'aînée, restée chez les religieuses, se fit elle-même religieuse et enseigna longtemps à Denain. Le frère et la sœur, qui suivaient des chemins apparemment si différents, se retrouvaient chaque année à la villa Saint Paul, au Crotoy, au temps des vacances.

Faisant preuve de qualités de " meneur d'hommes ", il prend la tête du mouvement. En 1882, sous son impulsion se crée le Syndicat des Mineurs d'Anzin, il en est le secrétaire. En 1890, il s'installe définitivement à Lens-, le 7 juillet de la même année, il prononce à BRUAY-EN-ARTOIS, son premier discours syndical. L'année suivante, il sera élu Président du Syndicat des Mineurs du Pas-de-Calais.
En 1883, il est élu Conseiller municipal de Denain, mais c'est la grève de 1884 qui donnera â sa carrière politique une dimension nationale. Les journalistes parisiens et parmi eux le célèbre polémiste Henri ROCHEFORT font du leader syndicaliste une vedette de l'actualité. Ses amis radicaux parisiens souhaitent bénéficier de cette popularité; ils l'inscrivent sur leur liste et Basly fait son entrée au Palais Bourbon comme " Député de Paris ".
Aux élections de 1889" il est battu de justesse par Paulin MERY. Rappelé à Lens par son ami Arthur LAMENDIN pour encadrer une grève qui sera un succès il est élu Député de la Circonscription de Lens-Liévin le 22 février 1891 et sera porté au fauteuil majoral de la Ville de Lens en 1900. Il conservera ces deux mandats jusqu'à son décès.
Pendant la Première Guerre Mondiale, Basly demeure fidèle à sa ville. Avec calme et dignité, il fait face à l'occupant. Déporté le 11 avril 1917 avec toute la population; il retrouvera, fin 1918, une ville complètement anéantie.
Dans son livre " Le Martyre de Lens " publié en 1918 chez Plon il écrit:
" C'est l'existence d'une ville que j'ai voulu faire revivre; c'est le long, l'angoissant martyre de Lens que je me suis efforcé d'évoquer; car il faut que nos fils conservent le souvenir des crimes commis, des dévastations méthodiques entreprises par la horde allemande. Ces simples notes, que je transcris à mon retour d'exil, avaient, dans mon esprit, un double but: elles devaient renseigner le gouvernement sur la vaillance, l'énergie, le tenace espoir de mes compatriotes; elles devaient également montrer aux soldats du Nord, se battant dans les tranchées, combien leurs femmes figent dignes d'eux et quel splendide courage les anima. "
Monsieur Louis DUBOIS dira le 19 décembre à la tribune du Palais Bourbon:
" Nous sommes allés à Lens, nous nous y sommes arrêtés. Non seulement, il n'y reste plus une maison debout mais pas même un pan de mur. C'est un massacre effroyable. "
La reconstruction de la ville sera la dernière mission de Émile Basly; il y consacrera les dix dernières années de sa vie.
Le 11 février 1928, il décède en son domicile, 12 rue Urianne Sorriaux, des suites d'une congestion cérébrale, après une semaine d'agonie. Son corps est exposé à l'Hôtel de Ville; la foule défilera toute la journée devant le catafalque. 
Il repose dans le caveau des Maires de Lens, érigé par lui, à l'entrée du Cimetière Est.

L'HOMMAGE :
Éloge de Émile BASLY prononcé par le Président de l'Assemblée Nationale lors de la séance du Mardi 14 février 1928 :
" Mes chers collègues, la mort d'Émile BASLY qui met en deuil notre Assemblée, dont il était un des aînés les plus respectés, vient frapper au cœur les mineurs et les socialistes du NORD et du PAS-DE-CALAIS au milieu desquels il a vécu et qu'il n'a cessé de servir.
On m'a reproché souvent de ne penser qu'à vous ", leur disait-il. " Comme si je pouvais oublier que pendant vingt ans, j'ai partagé vos peines, vos souffrances, votre labeur... " Mon souci constant, leur disait-il encore, a été de vous assurer une existence moins pénible et d'obliger les pouvoirs publics à vous protéger. "
A cette tâche, BASLY s'est donné tout entier, utilisant tour à tour toutes les formes de l'action. Il trouvait un terrain singulièrement propice dans ces provinces du NORD qui, depuis le Moyen-Age, ont reconnu le prix de l'organisation et qui recueillent chaque jour les exemples de la Belgique voisine. Son mérite n'en fut pas moins grand. Pour le mesurer, il faudrait nous reporter cinquante ans en arrière, quand le jeune BASLY était renvoyé des Mines d'ANZIN à la suite de la grève de 1880. Le droit de grève, inscrit dans la loi, n'était pas toujours reconnu, et c'est seulement en 1884 que les organisations syndicales devaient devenir légales; BASLY était déjà secrétaire général du syndicat des mineurs du NORD avant de devenir président du syndicat des mineurs du PAS-DE-CALAIS.
Il avait déjà compris l'importance de l'action municipale en acceptant dès 1883 d'être conseiller de DENAIN. L'action parlementaire devait, à son tour, le tenter. Son rôle dans la grève d ANZIN de 188- l'avait mis au premier plan et désigné aux militants de la Seine, pour les élections de 1885. Quand, après le premier tour, la République parut menacée, BASLY accepta défigurer, pour le scrutin de ballottage, sur une liste de concentration, aux côtés de Monsieur CLEMENCEAU et de modérés comme Monsieur Frédéric PASSY. Il fut un des fondateurs du petit groupe ouvrier qui se constitua au cours de cette législature. Il fut aussi de ceux qui mirent au premier plan de cette Assemblée l'examen des questions ouvrières. C'est dans cet esprit qu'il intervint dans cette séance âpre et passionnée du 4 juin 1888 où le Général BOULANGER apporta à cette tribune une proposition de révision de la Constitution.
BASLY, l'année suivante, ne devait pas être réélu par les électeurs de la Seine. Mais, dès 1891, les électeurs de Béthune faisaient de lui leur représentant pour lui maintenir, dès lors, pendant trente sept ans leur fidélité. ( Vifs applaudissements).

Son oeuvre dans cette Assemblée, c'est essentiellement la législation sur les ouvriers mineurs: limitation du temps de travail, création et statut des délégués, caisses de secours et de retraites, assurance contre les accidents. Cette législation, il l'a inspirée, sous tous ses aspects, de tout son esprit informé et lucide. Il faudrait dire ici sa ténacité, sa volonté de ne pas compromettre des résultats durement acquis, sa prudence que lui reprochaient ceux qu'il appelait avec mépris les
agitateurs de profession ". BASLY était de l'espèce des réalisateurs. La puissance corporative des mineurs de nos grands bassins est en large partie son oeuvre.
Maire de LENS depuis 1900, BASLY n'avait cessé de travailler à l'aménagement de cette
grande cité ouvrière. Il était au milieu de ses administrés en 191 4. Il a conté lui-même dans un livre infiniment émouvant, ce que furent les trois années qu'il passa dans sa ville occupée, dévastée, bientôt détruite. Il accepta toutes les responsabilités, tous les périls; il voulait seulement sauver des existences qu'il voyait menacées. Mais un jour vint " la mine fut, fouillée, noyée, désertée, elle devint un vaste cimetière souterrain, ensevelissant sous ces pierres inertes le magnifique labeur d'un peuple. C.."est ici, dans sa douleur, BASLY qui parle. Mais il ajoute aussitôt: LENS blessée, mutilée, veut renaître. L ENS, morte, ressuscitera. (Applaudissements)
LENS est aujourd'hui ressuscitée et cette renaissance est vraiment l'œuvre de l'homme qui, malgré son grand âge et sa santé affaiblie a, pendant des années, dirigé, dans un baraquement, les travaux de déblaiement et de reconstruction pour lesquels il a su réunir tous les concours. Il a connu avant sa mort cette suprême consolation.
Au nom de la Chambre tout entière, je salue ici la noble vie et la mémoire de Émile BASLY

GERMINAL :
Le chef d'œuvre d'Émile ZOLA sort en librairie le 2 mars 1885. Avant de publier ce roman de la mine et des ténèbres, l'auteur, répondant à une invitation d'Alfred GIRARD, Député du Nord, s'était rendu à Valenciennes afin de découvrir en sa compagnie le " Pays noir ". Au moment où il visite le bassin houiller d'Anzin, les mineurs se mettent en grève, et ce conflit sera l'un des plus longs et des plus durs du XIX ème siècle.
Zola reste une semaine dans la région de Valenciennes parcourant les installations minières d'Anzin, de Bruay-sur-Escaut et de Denain. Il interroge longuement ses interlocuteurs, mineurs ou ingénieurs et consigne ses observations sur un carnet de bord. Le moment le plus marquant de son séjour sera sa descente à la fosse Renard près de Denain.
Dans " Mes notes sur Anzin " voici ce qu'il a noté sur Basly:
" Un mineur qui s'est mis peu à peu à la tête des réclamations ... .... est devenu populaire .... s'est trouvé poussé à la politique .... est devenu un demi-monsieur ...... sa femme tient un estaminet.
Nul doute que ces notes ont permis à Zola de créer deux figures de son roman: Etienne LANTIER, le meneur de grève et le cabaretier RASSENE 



" LE MINEUR INDOMPTABLE " :
A chaque grand meeting syndical, une foule de travailleurs endoctrinés se heurtait aux forces de police. Ces instantanés de lutte ouvrière sont immortalisés dans la chanson:
" LE METINGUE DU METROPOLITAIN ".
Les citoyens dans un élan sublime
Étaient venus guidés par la raison A la porte on donnait 25 centimes Pour soutenir les grèves de Vierzon
J'ai jamais vu de plus chouette métingue Que le métingue du Métropolitain (bis)
Y'avait BASLY, le mineur indomptable CAMELINAT, l'orgueil du pays. Ils ont grimpé tous deux sur une table Pour mettre la question sur l' tapis.
Mac Nab et C. Baron Chanté par Marc OGERET ( Compilation Vogue)

Mais comment devient-on leader du premier grand syndicat français -
Rappelons la découverte du charbon, le 7 juin 1842, dans le parc d'un château que possède à Oignies, Henriette CROMBEZ, veuve à 26 ans, du banquier parisien DE CLERCQ, et la naissance de la première Compagnie Minière, celle de DOURGES en 1852.
La FOSSE 1 de Bruay entrera en exploitation en 1855.
Très rapidement, les ouvriers prendront conscience des dures conditions de travail imposées et de l'insuffisance des salaires. Dix à douze heures d'une besogne exténuante ne procurent pas un pouvoir d'achat décent. Dans les grandes familles, la mère est obligée de travailler pour pouvoir, le dimanche venu, donner un peu d'argent de poche aux enfants. Après 40 voire 50 années de travail, les retraites
sont dérisoires et ne dépassent guère 15 sous par jour.
En 1872, des grèves éclatent à ANZIN, HENIN-LIETARD, BILLY-MONTIGNY et FERFAY.
L'ingénieur en chef des mines du département en rend compte au Préfet en ces termes:
" Une répression aussi énergique que prompte nous pouvait seule préserver. Je l'ai senti. Au premier signal, je l'ai organisée là où je pouvais l'assurer de ma présence. J'ai trouvé, dans cette oeuvre de salut public, le concours le plus dévoué dans l'administration locale et dans la gendarmerie d'abord, dans l'armée ensuite, dans la magistrature enfin, et, si de plus grands malheurs sont épargnés à cette riche et honnête contrée, c'est à eux qu'il en faut témoigner notre reconnaissance. "
Maison Syndicale Lens  photo nordmag
A la suite de cette première grève, de nombreux ouvriers seront licenciés; Florent EVRARD est mis à pied pour six mois. Ces mesures sont par ailleurs approuvées par le Président de la République lui-même. N'oublions pas que Adolphe THIERS est l'un des actionnaires de la Compagnie des Mines d'Anzin.
Cette scandaleuse attitude n'arrêtera cependant pas le mouvement revendicatif des travailleurs du sous-sol; d'autres grèves éclateront en 1877 et 1879.
En 1880, une grève éclate à Denain. Basly, âgé seulement de 26 ans n'hésite pas à prendre la tête du mouvement, ce qui lui vaut le renvoi de la Compagnie. Pendant six mois, il distribue les tracts de Lefebvre de Dorignies. L'estaminet géré par sa femme et qu'il orne des portraits de Gambetta devient rapidement un lieu de réunion et centre de distribution des journaux de propagande. En 1882, le Syndicat des Mineurs d'Anzin le choisit comme secrétaire. De mars à juillet 1883, il recueille les adhésions des mineurs et devient, en avril, le Secrétaire Général de la première Chambre syndicale des mineurs.
Des raisons personnelles motiveront son engagement syndical. Vif et rancunier, il n'oubliera jamais son licenciement et se fera une joie et un devoir de nuire à la Compagnie. En outre, il appréciera beaucoup les revenus qu'il tire de ses activités syndicales.
En octobre 1883, il participe au premier Congrès National à Saint-Etienne et fait adopter les statuts de la Fédération Nationale élaborés dans la Loire.
Dès les prémices de son engagement syndical, Basly se distingue de ses compagnons par son sérieux; il cherche par tous les moyens à enrichir ses connaissances en gestion d'entreprise; il veut savoir comment se calcule le prix de vente du charbon; il s'enquiert du bénéfice des Compagnies. La grève ne lui semble pas être le seul moyen d'améliorer les acquis des travailleurs; il préférera toujours la négociation et le recours au vote de lois. Il s'emploie avec fermeté à empêcher les grèves qui lui semblent irréfléchies.
Cependant, le 20 février 1884, une grande réunion a lieu à Denain. Elle vote la grève à l'unanimité. Dans une lettre circulaire adressée aux autorités du département et aux députés, Émile BASLY fait connaître ainsi les causes de l'attitude ouvrière:


DENAIN, le 20 février 1884
Messieurs,
Mercredi 20 courant, à sept heures du soir, 1500 ouvriers étaient réunis et, à l'unanimité, ils ont décidé de suspendre les travaux, attendu qu'il leur est impossible d'accepter les conditions que leur propose la Compagnie:

1 - Les ouvriers seront responsables de leurs travaux pendant toute la durée de leur galerie; par ce fait, on supprime les vieux et les jeunes ouvriers. 
2 - Pour accepter ce nouveau système, l'ouvrier devra se surcharger de bois pour les réparations et le transporter dans les passages où on a de la peine à passer à vide et où il y a des échelles auxquelles il manque des échelons.
3 - Actuellement, la Compagnie ne fait plus de remblais, de là des éboulements très fréquents.
4 - L'entretien de la voie ferrée demande beaucoup de temps; de plus, le manque de matériel et la responsabilité des accidents incomberaient à la charge des mineurs.
L'ouvrier acceptant ces surcharges recevrait une somme de 1 franc par quinzaine.
Les ouvriers ayant refusé ces conditions, on les a prévenus tous, sans exception, de leurs 8 jours, et on a rendu les livrets aux plus zélés à soutenir leurs droits. Voilà, Messieurs, les causes et les conséquences qui nous ont amenés à suspendre les travaux, car ce n'est pas nous qui provoquons la grève, mais bien la Compagnie. Nous ne demandons rien à la Compagnie, et cependant nous sommes réduits à ne gagner que des journées moyennes de 3 fr 50; ce que nous voulons, c'est de travailler comme par le passé et que l'on reprenne nos collègues qui ont été renvoyés sans motif valable.
Nous demandons au Gouvernement s'il interviendra pour faire rendre justice à ces braves travailleurs.
Au nom des mineurs de la Compagnie dAnzin, recevez, Messieurs, nos cordiales salutations. "
  Émile Basly

Le 25 février, la Compagnie oppose une fin de non recevoir à ces doléances:
" La Compagnie d'Anzin ne peut revenir sur la détermination de confier aux mineurs l'entretien de la voie secondaire à déterminer dans chaque cas. Il n'est pas question défaire peser sur l'ouvrier plus de responsabilités qu'auparavant.
Les travaux de réparation des éboulements extraordinaires donneront lieu à l'allocation d'indemnités spéciales. Il n'y a donc pas de diminution de salaires à craindre.
Quant aux 165 ouvriers raccommodeurs supprimés, ils recevront tous, sans exception, et quelle que soit la durée de leurs services à la Compagnie, pendant 6 mois, la somme de 45 francs par mois. A l'expiration des 6 mois, des pensions seront accordées à ceux qui y ont droit. "
De part et d'autre, on reste sur ses positions et la grève se développe. En quelques jours, tout le bassin a cessé le travail et l'armée se déploie sur les sites miniers.
BASLY est entendu par la Commission du Travail; il fait connaître les revendications de ses camarades et leur bien fondé; mais ni la Chambre, ni la Commission ne sont favorables à l'envoi d'une commission d'enquête.
Le 8 avril, tous les carreaux de fosse sont occupés par l'armée; les gendarmes procèdent à de nombreuses arrestations qui seront souvent suivies de condamnations à la prison.
Après 55 jours de grève, aucun secours n'étant parvenu aux ouvriers, les femmes et les enfants pleurent de misère; il est impossible de résister plus longtemps.

Le 15 avril, les ouvriers sont dans l'obligation de reprendre le travail sans que leurs principales revendications soient satisfaites; 144 ouvriers sont congédiés.
Entre temps, le 21 mars 1884, la loi Waldeck-Rousseau accorde la liberté de créer des syndicats. Basly, est élu Secrétaire général appointé de la Chambre Syndicale.
La France entière prend connaissance des faits relatés au travers des comptes-rendus des journalistes descendus au " Café du XIXème siècle ", Basly est propulsé sur le devant de l'actualité. Ses camarades mineurs se détournent de lui, le tenant pour unique responsable de l'échec de la grève. Aigri, en but aux sarcasmes, il se consacre à la politique locale - il est conseiller municipal - et fonde en mai 1885 son propre journal: "Le Progrès de Denain ".
Le 7 juillet 1890, il prononce à BRUAY-EN-ARTOIS son premier grand discours syndical.
En octobre 1891, une nouvelle volonté d'action se manifeste chez les mineurs. Basly se déclare contre la grève mais celle-ci est votée par 48 voix contre 46 et une abstention. A la Chambre des Députés, le 19 novembre, Basly et Hainaut, Député de Béthune, interpellent le Gouvernement sur les causes de la grève et les moyens de la faire cesser. Le principe de l'arbitrage est posé.
Basly fait partie de la Commission qui aboutira à la signature de la Convention dite " d'ARRAS "
I - Les délégués des Compagnies ont promis que celles-ci veilleraient à ce que les variations des salaires dépendant du hasard des veines et de tout autre élément que la force et l'habileté de l'ouvrier, fussent aussi faibles et aussi peu prolongées que possible; ils ont également promis que les ouvriers n'eussent à se plaindre d'aucune injustice dans la répartition du travail et du salaire, et qu'il y serait tenu la main
2 - Il a été arrêté que les Compagnies prendraient pour base des salaires de tous les ouvriers du fond, les salaires de la période de douze mois qui a précédé le grève de 1889, en y ajoutant les deux primes de 10% qui ont été accordées depuis et qui seraient maintenues intégralement; il est bien entendu que cet engagement sera maintenu le plus longtemps possible!
3 - Les délégués des deux parties ont émis à l'unanimité le vœu que la loi concernant les Caisses de Secours et de Retraites des ouvriers mineurs, fut votée le plus tôt possible par le Parlement, et les délégués des deux parties se sont déclarés prêts à accepter tous les sacrifices que le texte définitif de la loi pourra leur imposer.
4 - La question de la limitation du travail des ouvriers à huit heures a fait, sur la demande des délégués mineurs, l'objet d'un débat; les délégués des Compagnies ont fait observer que le travail effectif dans les Mines du Pas-de-Calais n'était pas de plus de huit heures, et que cette durée du travail donnant en leur faveur une extraction à peine suffisante, il ne leur était pas possible d'aller plus loin.
5 - Les Compagnies s'engagent à ne pas remettre de livret pour cause de la grève actuelle; mais elles réservent leur liberté à l'égard de ceux de leurs ouvriers qui ont été condamnés pour délits de droit commun.


Le 3 juin 1892 Basly et Lamendin interviennent auprès de Monsieur Loubet, Président du Sénat pour mettre à l'ordre du jour du Palais du Luxembourg la discussion sur les lois concernant les Caisses de Secours et de retraites minières. Le 31 décembre, ils interpellent Monsieur Viette, Ministre des travaux publics. La création de ces caisses de secours et de retraites par les lois des 26 et 28 juin 1894 constitue la première grande victoire syndicale.
En 1893, une grève de sept semaines plonge la corporation minière dans une affreuse misère. BASLY s'attache à réfuter les chiffres des salaires indiqués par les Compagnies et à démontrer que l'état critique du marché charbonnier provient surtout de la concurrence des Compagnies entre elles et de leur production.
Le 4 novembre, les mineurs se rendent compte qu'il n'y a plus rien à espérer dans la poursuite de leur mouvement revendicatif; ils acceptent la reprise du travail.
" Les ouvriers se réservent néanmoins déjuger les actes de la Compagnie en ce qui concerne les victimes qu'elle fera et d'agir par la suite en conséquence ".
La commission de secours du Syndicat présidée par Émile BASLY décide d'accorder un secours aux victimes de la grève. Henri CADOT est chargé d'étudier les cas qui se présenteront à Bruay où 60 ouvriers viennent d'être congédiés.
La grève de 1902 touche 71000 ouvriers et dure entre un mois et six semaines. Le mot d'ordre est les " Quatre huit ": 8 heures de travail, 8 heures de repos, 8 heures de sommeil et 8 francs par jour. Ce mouvement se soldera par un échec. Les mineurs jugent peu combattant le " vieux syndicat " emmené par Basly et Lamendin, ils se rapprochent du "jeune syndicat ", affilié à la C.G.T. et dirigé par un ancien marchand de journaux Benoît BROUTCHOUX. " L'Action Syndicale " devient l'organe de presse de ce nouveau mouvement; son programme est exprimé en sous-titre:
" l'émancipation des travailleurs ne sera l 'oeuvre que des travailleurs eux-mêmes ".
Le nouveau syndicat va mener un combat sans merci contre l'ancien. Idéologique au départ -
réforme ou révolution - la lutte se double d'une querelle de personnes entre " Baslycots " et
" Broutchoutistes ". Les injures pleuvent à l'encontre du " vieux syndicat ": vendus, traîtres . Dans
son journal " La Voix du Mineur ", Basly répond : anarchistes, voleurs etc.
Lors de ces grèves de 1902, un troisième mouvement se crée: " La Fédération Indépendante des Mineurs du Nord et du Pas-de-Calais "; son président Ildefonse COTTON se veut indépendant de toute action politique. Ce nouveau syndicat accepte les propositions patronales et sera, dès les premiers jours de grève, qualifié de " jaune " et ses adhérents conspués sous les surnoms de " poires cuites ", " roufions " ou " blanques orelles ".
L'année 1906 connaîtra la trop fameuse catastrophe de Courrières qui cause la mort tragique de 11 19 mineurs. Le Député-Maire de Liévin, Arthur Lamendin, secrétaire général du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais s'insurge contre " le capitalisme et la façon défectueuse dont est fait le
service des mines il faut que cela change et que l'on tienne compte de l'avis des délégués
mineurs ". Émile Basly, en sa qualité de Président du syndicat déclare sur la tombe des victimes: " Si, un jour, le prolétariat minier, affranchi de la pesante oppression capitaliste, libéré de son servage, connaît des jours enfin paisibles, tranquilles et heureux, il n'oubliera pas votre martyre ".

Des groupes de mineurs et de veuves éplorées répondent aux cris de " Vive la Révolution, vive la Sociale! Vive la grève! ". Celle-ci débute le 14 mars, et le 20 du même mois, elle est totale dans le bassin du Nord.
C'est le moment de vider la querelle entre " Baslycots " et " Broutchoutistes ". Basly et Lamendin sont en situation précaire face aux mineurs hors d'eux, face à la C.G.T. qui essaie d'en profiter et face enfin à Clémenceau qui s'entend avec les Broutchoutistes. Cette lutte cessera d'elle même le soir du 20 mars: Benoît Broutchoux sera arrêté par les gendarmes à cheval et condamné trois jours plus tard par le tribunal de Béthune à deux mois de prison ferme pour violence à agents et rébellion. En 1907, le Bureau du Syndicat s'établit comme suit: Président: Émile BASLY Vice-président: Henri CADOT Secrétaire général: Arthur LAMENDIN Secrétaires: Florent EVRARD et Edgar SELLIER Chef du contentieux: Casimir BEUGNET Trésorier adjoint: Constant DARRAS
Le syndicat connaît une période relativement calme et se consacre à une oeuvre de relèvement. Basly entreprend de briser méthodiquement le " jeune syndicat "; il accuse Benoît Broutchoux d'avoir détourné une partie des fonds récoltés lors des collectes effectuées au profit des grévistes. Le " jeune syndicat " se saborde en 1909 et Basly accepte d'entrer à la C.G.T. avec ses gros bataillons de mineurs. Il est alors au faîte de sa puissance et inaugure en grande pompe l'imposante Maison Syndicale de Lens, symbole de son hégémonie.
Basly assistera aux funérailles des victimes de la terrible catastrophe de La Clarence du 3 septembre 1912. Au nom du syndicat des mineurs, il dépose une gerbe sur chaque cercueil et. s'adresse aux ouvriers en ces termes:
" Il n y a pas de raison qu'on envoie plus longtemps des hommes à la mort, des hommes qui n'ont
d'autre tort que celui d'avoir besoin de vivre. La mine féroce, la mine hideuse qui cache le grisou dans son sein, doit être impitoyablement condamnée plutôt que de continuer à risquer tant d'existences. Si des mines sont reconnues dangereuses, pourquoi ne les abandonnerait-on pas. Et ne serait-il pas plus humain de prévoir les catastrophes, plutôt que de les déplorer ....
Comprenez enfin que si les dirigeants de la mine n'ont rien fait pour vous empêcher de mourir, c'est un peu votre faute. Que n'avez-vous pas écouté les conseils des hommes qui se dévouent à l'amélioration de votre sort. Que n'êtes-vous venus à l'organisation qui groupe vos intérêts et lutte opiniâtrement pour leur défense. Vous avez pour devoir de rechercher les causes du mal qui vous atteint et vous devez avoir le courage d'en imposer la disparition.
Il y a quelque chose à faire pour empêcher les désastres comme ceux de Courrières et de La Clarence, et ce quelque chose dépend de vous .... Organisez-vous. Prenez conscience de votre force, venez au Syndicat, et tous ensemble nous trouverons bien le moyen de rendre plus tranquille votre existence menacée. Pendant la Première Guerre Mondiale Lens est occupée par les Allemands; son Maire exilé à Paris. Le Syndicat sera temporairement dirigé par Henri CADOT qui réside à Bruay-en-Artois, ville qui ne connaîtra pas l'occupation; mais dès l'armistice, il retrouve son " vieux chef ". La C.G.T. entreprend une politique de conciliation; les communistes portent leur effort sur le plan syndical car les mineurs confondent parti et syndicat. Les rivalités entre EVRARD, partisant de la S.F.I.O. et MAES, homme de syndicat avant tout s'aigrissent de plus en plus car il faut se placer pour la succession.

Petit à petit, Basly s'efface.

Dans l'accomplissement de son mandat syndical, il a toujours fait preuve de modération, préférais la conciliation à la révolution. Il a toujours lutté pour l'amélioration de la condition ouvrière mais il considère que celle-ci doit passer par le vote des lois.

" LE TSAR DE LENS "

Émile BASLY n'a pas encore la trentaine lorsque, en 1883, à l'occasion d'une élection partielle, il devient Conseiller municipal de Denain.
La grève de 1884 fait la " une " de la presse parisienne grâce aux nombreux journalistes descendus dans la région. Millerand, Viviani, Henri Rochefort se chargent de défendre les mineurs arrêtés et condamnés par les tribunaux.
Dequercy, rédacteur en chef de " La Lanterne " sollicite les leaders des mouvements ouvriers pour former une liste de républicains ( radicaux de l'époque) en vue des prochaines élections législatives. Cette liste sera emmenée par CAMELINAT, Ministre des finances, CLEMENCEAU, Maire de Montmartre et bien d'autres. Florent Evrard et Arthur Lamendin proposent Émile Basly qui se fait tirer l'oreille; il craint que sa candidature ne se retourne contre ses amis mineurs mais finit par accepter.
En 1885, au lendemain des élections, le Sous-préfet de Valenciennes est chargé par le Ministre de l'intérieur d'aller annoncer à Basly qu'il vient d'être élu " Député de Paris ".
L'histoire raconte que, n'ayant pas les moyens d'acheter redingote et chapeau haut-de-forme qui étaient en vigueur à la Chambre, le " Député mineur " se faisait un peu " rhabiller " par tout le monde. Ses amis lui procurent, l'un une redingote, l'autre, un pantalon rayé, un troisième des chaussures, un autre encore un haut de forme et lui paient également le voyage à Paris pour siéger au Palais Bourbon.
La famille Basly quitte le coron Jean Bart à Denain pour s'installer dans la capitale. Le nouveau député comprendra vite que le langage qu'il utilise pour haranguer ses compagnons ne convient guère pour intervenir du haut de la tribune de l'Assemblée. II lui faut acquérir un minimum d'instruction, voire d'orthographe et surtout apprendre à parler. Faisant preuve d'une grande volonté et au prix d'un travail acharné, l'ouvrier mineur se métamorphose en un politicien en redingote.
Battu aux élections législatives parisiennes de 1889 par un candidat boulangiste, il échoue une nouvelle fois en 1890. Est-ce la fin d'une carrière politique - Non, car il va bénéficier de l'aide de l'homme fort du bassin minier, Arthur LAMENDIN. Ce dernier le rappelle pour encadrer efficacement une grande grève des mineurs du Pas-de-Calais. Basly choisit de s'installer à Lens. Cette grève sera un succès qui se confirmera avec la naissance du Syndicat du Pas-de-Calais qui regroupe 30 000 adhérents sur les 50 000 mineurs du bassin.
Le 22 février 181, le député DESPREZ entre au Sénat. Une élection partielle permet à Émile Basly, candidat du Syndicat des mineurs, d'être facilement élu Député de la circonscription de Lens-Liévin. Il sera constamment réélu; Lens devenant son fief inexpugnable.
J.P. Roger relate l'anecdote suivante: " Dans le train qui les ramenait à Lens,  Lamentin et Basly changeaient de tenue pour ne pas choquer leurs électeurs assemblés sur le quai de la gare. La casquette prolétarienne remplaçait le chapeau melon ".

Élections des 20 août et 3 septembre 1893:
Circonscription de Béthune 1 ( Lens-Liévin) Émile BASLY, socialiste, 14614 voix contre l'Abbé Delige: 67
Élections du 8 mai 1898: même circonscription
Émile BASLY, socialiste, 14228 voix contre Thellier: 7902
Élections des 27 avril et 11 mai 1902:
Circonscription de Béthune 2 (Lens-Est, Carvin)
Émile BASLY, socialiste 15225 voix contre Norange Coll: 792
Élections des 6 et 20 mai 1906: même circonscription
Émile BASLY, socialiste 12330 voix contre Simon: 3467 et Bauduin: 3099
Élections des 24 avril et 8 mai 1910: même circonscription
Émile BASLY, socialiste 15739 voix contre Rouzé: 6210
Élections des 26 avril et 10 mai 1914:
Circonscription de Lens-Est
Émile BASLY, socialiste, 9051 voix
Au terme de la loi du 12 juillet 1919, les députés sont élus au scrutin de liste départemental à un tour. Le Pas-de-Calais comprend deux circonscriptions et compte 14 députés.
Élections du 16 novembre 1919:
Dans la l ère circonscription: Arras, Béthune, Saint-Pol, la liste socialiste emmenée par Émile BASLY emporte les 8 sièges.
Élections du 11 mai 1924:
6 socialistes sont élus dont Émile BASLY.


En 1900, Émile BASLY devient Maire de Lens et Conseiller général du canton de Lens-Est.
Lens n'est encore qu'un gros village; la rue principale est bordée de fermes. La voirie municipale est en mauvais état et les ordures déposées sur les terrains vagues. Pour assainir sa ville, le nouveau maire commence par installer un réseau d'égouts; le grand collecteur passait sous la chaussée de la rue Pasteur, puis crée un service d'ébouage. En compagnie du vétérinaire Marcel Dupuich, il allait lui-même choisir et acheter les chevaux chargés de tirer les tombereaux. Lens possédait ainsi une cavalerie unique dans la ré ion; tous les chevaux étaient de même couleur et tous très puissants. L'un d'eux, nommé Bayard, avait té confié à Aimable Duhamel. On ne connaissait pas la limite de sa force car les charges les p us lourdes auquel il était attelé, il les tirait d'un puissant coup de collier.
Basly était très matinal, personne n'était surpris de le croiser en ville dès 4 ou 5 heures du matin. Parfois, à ces heures matinales, il réveillait le concierge de la mairie pour visiter le commissariat de police municipale et s'assurer que les agents effectuaient bien leurs rondes de nuit.

II avait également l'habitude de se rendre aux écuries municipales pour vérifier que les gardes avaient bien donné à manger aux chevaux afin que ceux-ci aient le temps de digérer leur picotin d'avoine avant leur départ à 6 heures pour la tournée de ramassage des ordures ménagères.
Il restructure la voirie mise à mal par le développement des corons; il fait construire des groupes scolaires, des crèches, un hôpital et un hospice pour les vieux; Florent Evrard en sera nommé administrateur.
Vers 1910, afin de mettre un terme aux luttes religieuses, en particulier à l'occasion des enterrements ( les libres penseurs rossant le bedeau qui sonnait les cloches de l'église au passage d'un enterrement civil ) un accord fut pris entre Basly et Florent Evrard d'une part, le clergé et les mines d'autre part. Les enterrements religieux quitteraient l'église et se dirigeraient vers la rue Voltaire. Les enterrements civils prendraient la rue Diderot et passeraient derrière l'église et non plus devant. De plus, les enterrements civils passeraient à proximité de l'église en dehors des heures de messe ou de sonneries de cloches.
Trois exceptions ont été faites à cette convention: les funérailles de Victor Leleu et de son épouse Pépita qui empruntèrent la rue Diderot, celles de Madame Schaffner et celles de son mari. Monsieur Souvraz, Sous-Préfet et Monsieur Masserand, commissaire de police qui assistaient aux funérailles furent très surpris de cette pratique.
Basly était très indépendant mais était-il incorruptible- cette anecdote tend à nous le faire croire.
Un jour, Corbeau, brasseur installé route d'Arras l'invite à dîner chez lui avec quelques amis.
Basly lui déclare: " Ne compte pas m'acheter en m'offrant à manger. En ce moment, les agents de l'octroi sont sur tes camions et les contrôlent. "
Le soir venu, Corbeau se vit remettre 12 contraventions.
Parmi tous ses mandats, celui qui motive le plus Émile Basly est celui de Maire.
La population de Lens ne cesse d'augmenter et le Maire souhaite faire de sa ville la " Capitale du bassin minier ". Il fait construire et inaugure des édifices publics, des monuments; il organise des concours et de grandes manifestations festives dans le but d'attirer les habitants des communes voisines.
En 1901, eut lieu la première Fête du Travail célébrée en l'honneur des jeunes filles employées dans les mines. La première " muse " élue fut Mademoiselle Bourdon, jeune trieuse de la fosse 4. Le maître Gustave Charpentier composa l'hymne du couronnement et en dirigea lui-même l'exécution. Des affiches placardées à profusion dans les villes et villages aux alentours avaient soulevé le " Pays Noir " et une foule considérable assista à ce spectacle renouvelé du paganisme antique.
La même fête fut renouvelée le 11 mai 1913; cette fois avec le concours de la Musique de la Garde Républicaine. L'élue fut Mademoiselle Godart et une foule encore plus considérable s'était massée pour l'acclamer.
Ce fut pour Basly un triomphe personnel et ses amis en ont parlé longtemps avec enthousiasme.
-13

A l'aube de la première guerre mondiale, le " Patriarche de Lens " a 60 ans. Placé en première ligne, la ville de Lens reçoit de terribles coups aussi bien de l'envahisseur que des armées alliées. Pendant trois ans, la population vivra dans cet enfer. Ceux qui vécurent ces sombres jours ont encore en mémoire les efforts de Monsieur Basly pour assurer la nourriture à une population déjà éprouvée.
- J'étais déjà meunier, boulanger, pourquoi ne m'établirais-je pas épicier - écrit-il dans ses mémoires.
Et une épicerie fut installée.
- Comme boutique - continue Monsieur Basly - je choisis la loge du concierge de la Mairie Monsieur Cuvillon qui, préposé aux balances, passa très vite maître dans l'art de peser les denrées. Sa fille Madame Salon, petite femme brune, dégourdie, toujours gaie, l'âme même de notre maison de commerce, recevait l'argent, faisait les comptes, causait, riait, plaisantait ou sermonnait les clientes. C'est dans la compagnie de ces deux collaborateurs fidèles, derrière des piles de carottes ou de choux, ou bien entre deux ballots de café que je recevais mes visiteurs. La salle de l'épicerie devint le vrai cabinet du Maire.
Au début de 1915, l'épicerie fut transférée dans la salle du Trésor de la Banque de France; elle était ouverte à la population de 8 h 1/2 à 11 h 1/2 et de 14 h à 17 h et accueillait plus de 400 clients par jour. La recette était remise chaque soir par Madame Salon à Monsieur Lacorrège, régisseur de l'épicerie, après un premier contrôle de Monsieur Basly.
Le 10 avril, l'ordre est donné aux habitants de quitter la ville; ceux-ci se rassemblent par petits groupes Place de la Mairie; ils ont faim, mais n'ont plus d'argent. Il reste un peu de pain à l'épicerie.
- Il n 'y a qu'à le vendre dit Monsieur Basly
Les partants se pressent, hâves, les traits tirés, les yeux fiévreux.
- Du pain ! demandent-ils; mais ils n'ont pas de quoi payer.
- Tant pis - décide Madame Salon - prenez et mangez.
Le soir, quand Monsieur Basly arrive, il demande:
- Alors, le vente a bien marché - Combien de recette -
Elle le regarde et secoue la tête
- Comment -dit Monsieur Basly - rien en caisse -
-Ils n'avaient pas d'argent risqua-t-elle
Et elle ajouta: Ils avaient si faim..

Monsieur Basly resta une seconde immobile. Ses yeux s'embuèrent. Il prit la main de Madame Salon et lui dit d'une voix rauque:
- Vous avez bien fait.. puis, il partit brusquement pour cacher son émotion.
Le 17 avril Émile Basly quitte sa ville.
" Je me trouvais dans le groupe des employés de la Mairie, avec un .sac attaché à mon dos, portant dans une main une valise, dans l'autre, un panier où se blottissait filon chien Bijou. Nous attendîmes trois heures, grelottant, les pieds dans la neige..."
Basly traverse la Belgique par la province de Namur puis rentre en France par la Suisse. Il installe la " Mairie de Lens ", 6 rue de Hanovre à Paris et lance " Le Journal des Réfugiés "
Le 3 octobre 1918, vers 5 heures du matin, Lens est libérée.
Le 19 décembre 1918, à la tribune du Palais Bourbon, le Député Louis Dubois rend compte de sa visite à Lens:
" Il ne reste plus une maison debout, pas même un pan de mur. C'est un massacre effroyable, c'est un hachis de maisons. Il est impossible de reconnaître l'emplacement de l'Église .... "
Très vite, Basly revient à Lens et se fait photographier dans une attitude peine de résolution devant les ruines de l'Hôtel de Ville. .
En cette fin du mois de novembre 1918, Émile BASLY rencontre devant les quelques briques qui étaient tout ce qui subsistait de la Mairie, Monsieur CUVELETTE, Administrateur général des Mines dont les Allemands avaient complètement démoli les ouvrages extérieurs et même l'entrée des puits.
La maison de Monsieur Cuvelette était contiguë à celle de Monsieur Basly. Or, sur les pierres martyrisées, bien que l'automne fut déjà arrivé, des roses fleurissaient parmi les gravats et les décombres. Celles de Monsieur Basly étaient blanches et celles de Monsieur Cuvelette rouges.
- Le contraire donnerait une image plus exacte de nos idées politiques respectives, observa Monsieur Cuvelette.
Mais déjà Basly cueillait les fleurs et il en faisait une gerbe aux couleurs mélangées.
- Voilà - dit-il - en les tendant à son voisin, voilà qui sera plus exact...
Paroles bien françaises!
(Extrait du journal " La Victoire "Quotidien socialiste national, organe de la République autoritaire du lundi 13 février 1928)

Il trouve dans l'aide aux sinistrés et dans l'œuvre de reconstruction une dernière mission à laquelle il consacre les dernières années de sa vie.
Pour sa conduite et son oeuvre, il reçoit la Légion d'Honneur. C'est le Président de la République Raymond Poincaré, lui même, qui vint à Lens le 28 décembre 1919, lui remettre cette haute distinction 

Émile BASLY décède le 11 février 1928; les élections se dérouleront les 22 et 29 avril. Il était l'un des doyens de la Chambre des Députés et Vice-Président de la Commission des Mines.

L'HOMMAGE DE LA VILLE DE BRUAY EN ARTOIS:
Réuni le 31 août 1928, le Conseil municipal de BRUAY-EN-ARTOIS vote une subvention de 4000 francs pour l'érection de ce monument.
Le 28 février 1928, le Conseil municipal de Bruay-en-Artois décide de donner le nom de Émile Basly à la rue de la Mairie et au boulevard en construction pour honorer celui " dont la vie fut une belle page de labeur, de probité, de dévouement, dont l 'idéal fut de lutter avec une inlassable ténacité pour la défense des intérêts des humbles, pour l'amélioration des conditions d'existence des classes laborieuses et de la population ".

L'ECOLE BASLY
Dès 1949, la commune de Bruay-en-Artois envisage la construction d'un établissement scolaire rue Emile Basly; elle fait l'acquisition des terrains auprès des houillères. En octobre 1951, la commission départementale approuve le projet lequel recevra l'approbation du Ministère en septembre 1952. L'État prend à sa charge 85% du montant de la construction soit 130 millions sur les 155 prévus.
Le ler octobre 1956, l'école ouvre ses portes.
Texte de Mr.Jean-François Leroy

Avec une exposition et une causerie, à la médiathèque de Bruay :
" En savoir plus sur la vie d’Émile Basly "  :  Vendredi 08 Février 2002
Le concepteur : Mr.Jean-François Leroy,   membre du Cercle historique du Bruaysis  " Bruacum."

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