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Les Chartreuses de Gosnay 

XIV - XVIII ème siècle.

Chartreuse du Val st Esprit à Gosnay

Avant-propos : les archives mentionnées proviennent toutes des Archives Départementales du Pas-de-Calais ( Dainville ).

Mahaut d'Artois  Gosnay doit ses deux Chartreuses construites au XIV ème à la libéralité de son seigneur Thierry d’Hireçon et de la Comtesse d’Artois Mahaut.

Le couvent fut bâti dans un verger clos de murailles en 1320 et accueillit la même année les premiers religieux. En 1324, l’évêque d’Arras vint bénir la maison.

La ferveur de la communauté attira l’attention de nombreux bienfaiteurs qui contribuèrent au fil des siècles à subvenir aux besoins de la maison. Le couvent évolua pen,dant des siècles au rythme des guerres, des destructions et des reconstructions successives. A la Révolution, le monastère fut vendu comme bien national.

Peu après la construction de la chartreuse des hommes, Thierry d'Hireçon forma le projet de construire une chartreuse de moniales près du couvent des religieux. Cette réalisation fut assurée par notre comtesse. A sa mort en 1329, sa fille Jeanne et les comtesses de Flandres prirent le relais et assurèrent l'existence de la chartreuse. Accueillant une importante communauté de femmes et un père pour dire la messe, la Chartreuse bénéficia des libéralités des souverains d'Artois. Comptant encore une communauté de 20 dames chartreuses en 1790, le monastère fut vendu comme bien national à la Révolution et en partie détruit.

Fondé au XI ème siècle par saint Bruno, l’Ordre des Chartreux repose sur une discipline très stricte et un isolement total des moines du reste du monde.

Dans les Chartreuses d’hommes, les religieux toujours au nombre de 12 vivent isolés dans leur cellule.

L’organisation de cet ordre repose sur une structure définie : un vicaire s’occupe du fonctionnement général de la chartreuse. Ensuite viennent les officiers divisés en trois catégories : le procureur gérant l’intendance, le sacristain en charge du fonctionnement de l’église et l’ancien, conseiller pour les moines ayant moins d’ancienneté dans la maison. Les Chartreuses de femmes diffèrent de celles des hommes par le nombre variable de moniales, suivant la richesse de leurs bienfaiteurs : de 30 à 80 femmes en moyenne. De plus, les moniales vivent dans un dortoir divisé en cellules à une pièce. Enfin, les chartreuses de femmes ne sont pas autonomes, la prieure ne s'occupant que du fonctionnement spirituel et laissant la charge du fonctionnement général à un vicaire.

Tout au long de la période étudiée, nous avons constaté que les relations entre les Chartreux et les seigneurs de La buissière étaient souvent d’ordre conflictuel.

Le 7 octobre 1575, Jacques de Courteville rejète par jugement rendu par les officiers de la gouvernance de Béthune la prétention des Chartreux " d’avoir seigneurie dans leur fief d’hullut a La Buissière ". Ces derniers " se disoyent estre griefnement lezez " ( 10J25).

Dès lors, c’est à propos de ce fief qu’une " sentence … contre les Chartreux de Gosnay " fut prononcée en 1582. Les Chartreux furent dans un cas précis déclarés " ny Recepvables " et condamné " en lamende de soixante Solz parisis " par le conseil d’Artois à cause de leur prétention " en leur fief d’hullut ", tout en sachant que " la gouvernance de bethune … les avait déboute de leur prétention " (10J25)

Le conseil d’Artois quelque 196 ans plus tard prononce sa décision que les Chartreux ont " tous devoirs de vassalité vers Mr le Comte de Maulde seigneur de La Buissière a qui ils paient tous les ans les rentes foncieres seigneuriales " (10J24). On ne peut être plus explicite.

Le conseil d’Artois est aussi " d’avis que les pères chartreux de gosnaÿ ne sont pas fondés a planter vis à vis de leurs heritages sur le grand chemin qui conduit de pernes a bethunes … par ce que le droit de plantis sur les chemins publics etant indivisiblement attaché a la seigneurie Vicomtiere par l’art 5 de la coutume generale d’artois, un pareil droit de palntis ne peut etre acquis par une simple possession sans titre : " le Seigneur de la Buissière seroit le maitre de semparer et de disposer des arbres qui sont entre les chemins publics et les riviere " (10J24)

Mais les tensions sont aussi perceptibles à l’égard des dames chartreuses qui semble-t-il ont incorporé dans leur possession un chemin public reculant un fossé pour ce faire.

De ce contournement de la coutume, " le seigneur sera bien fondé a les attaquer en justice pour les faire condamner à remettre les lieux dans leur ancien etat " (10J24)

Le seigneur de La Buissière est alors dans son droit s’il veut faire intervenir sa justice seigneuriale à l’encontre des dames chartreuses. En effet, dans une lettre adressée probablement à la mère prieure de la Chartreuse du Mont Sainte Marie et datée du 19 novembre 1774 ( 10J24 ), le Comte de Maulde prétend à nouveau à son droit de plantis notamment dans " le chemin de la buissiere appelé de perne a bethune ". Il affirme que les arbres en question relève de sa seigneurie et donc lui appartiennent. Comme il l'a déjà dit aux pères chartreux, le Comte invite sa correspondante à lui présenter les titres qui prouveront l'appartenance de ses arbres aux dames chartreuses. Le but du comte n'est pas de faire " une mauvaise chicanne " mais plutôt de réconcilier les deux parties puisqu'il affirme abandonner ses prétentions si les preuves lui sont données de sa méprise. Même si la volonté des pères chartreux est de rester intransigeants dans leur conduite pour le même problème (une plainte auprès du Conseil d'Artois est probable ), le Comte préfère différer l' envoie de cette plainte jusqu'à la réponse de cette correspondante. Il lui " en coute d'entrer en proces avec une personne " qu'il respecte.

On constate donc que le Comte de Maulde est intransigeant en ce qui concerne ce droit seigneurial mais qu'il désire entretenir des relations aimables avec les Chartreuses.

Néanmoins, quatre ans plus tard; pour un autre lieu ( " le chemin du corps du bois a la descente du pont de la place a bruay " ), le droit de plantis est encore l'objet d'un différent entre ces deux parties ( 10J24 ). On voit donc que les relations entre les dames Chartreuses et le seigneur de La buissière sont régulièrement tendues à cause de ce droit féodal.

La même année, le Comte a fait publiquement une vente de bois, rue de la volleville, le long de la rivière dans le grand chemin de Pernes à Béthune " vis a vis deux pieces de terre appartenant aux peres chartreux quelle sont tenu et mouvant de la terre marquisat et haulte justice de la buissiere ". Les pères chartreux, en leur qualité de propriétaires des deux corps de terres jouissaient de l'utilisation des arbres que le seigneur de La Buissière a vendu à son profit et payaient en conséquence les rentes foncières seigneurialles annuellement. Il affirme que c'est un abus de la part des pères Chartreux d'avoir fait planter ces arbres dans ce chemin et que " etoit mal appropos qu'ils en jouissoient ". C'est pourquoi cette vente a lieu ce 12 octobre 1778.

Les pères Chartreux répliquent en voulant " faire l'abbatis de ces memes bois vendus par ledit seigneur ".

Le sergent de La Buissière intervient à ce moment et signifie aux " ouvriers " envoyés par les pères Chartreux de ne plus toucher à ces bois et même de ramener ceux déjà enlevés.

Malgré cet avertissement quelque peu inefficace le Comte de Maulde est obligé de se pourvoir au Conseil d'Artois et porte plainte contre ce qu'il appelle les " abbateurs " ( 10J24 ).

La série continue, nous sommes en 1781: différents avis à demander pour le Comte de Maulde contre les pères Chartreux. Le 16 mars 1625, les pères Chartreux avaient cédé au seigneur de La Buissière tous les droits de seigneuries vicomtière qu'ils possédaient sur La Buissière à cause de leur fief et seigneurie du Hulut et de Loiselet ( notamment pour le droit de plantis ). Malgrè cette transaction, les pères chartreux ont continué de planter dans le chemin au bout de leur ferme " audit buissiere venant du moulin au bled nommé le chemin des haiettes et des profondes voyes venant aussi de la volleville au château et a l'église dudit lieu "; il se trouve dans ce chemin 37 ormes qui ont entre 60 et 70 ans. Lorsqu'en 1775 et 1776, le seigneur de La Buissière a fait dresser la carte générale de sa terre, son arpenteur lui fit observer très judicieusement que les 37 arbres en question devaient appartenir au seigneur.

Mais avant même que celui-ci se proposa de leur parler de ce problème, huit arbres furent abattus. Le Comte fut surpris et se demanda s'il n'avait pas le droit à son tour d'abattre les 29 arbres restant et de demander la restitution des huit autres ( ou de les faire payer ). Mais si les pères Chartreux ont le droit d'emporter les arbres, ils seraient au même titre autoriser à venir réclamer les autres arbres que le seigneur a fait planter dans le chemin du château et " autres rue vis a vis des tenenments de la seigneurie hulut et de Loiselet "

Autre problème : le comte de Maulde voudrait faire construire une muraille pour se séparer d'un jardin d'un ferme appartenant aux pères Chartreux. Mais il est impossible au seigneur de mener cette entreprise s'il ne sait à qui appartiennent les arbres se trouvant " a la distance de sept a huit pieds des bâtiments ".

=> Historique du Château de La Buissière
 

LA  LÉGENDE  DES  CHARTREUSES  DE  GOSNAY

Nous allons, vous conter ci-après la légende de la fondation de la Chartreuse du Val Saint-Esprit de Gosnay :

Nous sommes en 1322. La comtesse Mahaut se trouve dans l'une de ses résidences, au château de Gosnay. Ses proches la qualifie de princesse austère. Elle y créé un ordre rigoureux et moral ( quiconque viendrait à désobéir et à enfreindre sa loi serait rudement châtié ).
La comtesse avait une jeune et jolie camériste du nom d'Alix. Par la force des choses, ce qui devait arriver, arriva ... Un valet de fort bonne stature réussit à l'approcher d'un peu trop près ...
Des soupçons envers le jeune couple ne tardèrent pas à provoquer un énorme scandale. En effet, Alix était enceinte. Malheur ! La comtesse Mahaut lui demanda "moult ireusement" comment elle avait osé !

"J'ai été séduite" répondit la jeune fille traumatisée.     .... Ce n'était que le début de l'affaire ...

"Femme, dis le nom de celui qui t'a induite à mal, à ce qu'il meure en ton lieu adoncq je pourrai t'octroyer merci et te laisser cacher ta vergoigne en un moutier ... Ains tu ne réponds ?"

"Ne puis le nommer, dit Alix avec fermeté, je lui pardonne et ne veux être l'occasion de sa mort. soit faite de moi selon votre plaisir"

"Eh bien tu mourras". Ces mots furent un terrible choc pour l'assemblée. Le garçon était là...

La malheureuse sera enterrée vivante ! et Mahaut insista pour que toute la petite cour soit présente lors de cet acte horrible. Elle ajouta : "Messire Chapelain, exhortez-la à recevoir la miséricorde du divin Salvateur, ne veus mie tuer son âme avec son corp"
La pauvre Alix vint à s'évanouir. Le jeune homme disparut.
Certains disent qu'ils ont aperçu un homme délirant, traverser les champs hurlant comme un fou. Personne ne le revit.
Le soleil venait de se coucher derrière les monts d'Houdain. A l'extrémité du parc, une fosse profonde était ouverte. Puis apparurent un long cortège dont les torches dessinait la scène macabre du cauchemar d'Alix. Vision d'horreur ! La terre s'amoncèle.
La tombe se referme. Mais ... on croit entendre de sourds gémissements.
Dès cet instant, la paisible vallée de Gosnay fut le spectacle d'étranges apparitions. Des voix se firent l'échos d'un spectre décharné qui sortait toutes les nuits hanter le lieux.

Gosnay fut dès lors : le Val des esprits.

Mais la culpabilité avec son remord se fit jour dans le cœur de la comtesse.
Dès ce moment, elle entreprit la réalisation suite aux conseils du pieux Thierry d'Herisson, sur le site de Gosnay, d’un hôpital pour les malheureux.
Quelques années après cet événement, deux maisons de chartreux furent construites à Gosnay. Le lieu fut alors nommé le Val Saint-Esprit.

 

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>> La Chartreuse du Mt St Marie

 

 

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