Le château de Duisans

La façade Nord, côté cour d'honneur 

Vu d'une trentaine de mètres, c'est la notion de symétrie des volumes qui retient principalement l'attention. Balayant l'ensemble plusieurs fois, l'oeil finit par se fixer sur un détail, une cloche aujourd'hui silencieuse, située au sommet du toit en croupe qui coiffe le corps de logis. Descendant à partir de ce point à la verticale, en passant par le sommet du fronton, la clé de la baie supérieure et celle de la porte, toutes deux tracées en plein cintre, jusqu'à l'allée centrale de la cour d'honneur, le regard discerne très facilement l'axe de symétrie de la façade Nord. D'un côté comme de l'autre de ce dernier se répondent au niveau du corps de logis 4 hautes souches de cheminées, 2 lucarnes, des chaînes en bossage aux extrêmités, des fenêtres rectangulaires séparées par des tables rentrantes et, entourant la baie et la porte, des pilastres jumelés sur les deux niveaux. Prolongeant le corps de logis, des ailes plus basses au combles brisés achèvent la symétrie en révélant pourtant des caractères différents. En effet, le toit mansardé de l'aile gauche comporte 2 lucarnes contre 3 à droite, et à ses fenêtres aveugles répondent de l'autre côté 2 fenêtres rectangulaires et une porte, le toit étant surmonté d'une cheminée sans pendant. 

Ce premier coup d'œil suffirait à convaincre quiconque que les plans du château ont bénéficié d'une savante réflexion, mettant conjointement en oeuvres des dominantes édictées par les cours d'Architecture d'un François Blondel (1675), des habitudes régionales et des goûts sans doute personnelle. Antoine-Guillaume Dubois les fit dessiner par un maître-maçon, André Merville, que la sérieuse réputation avait conduit à user du titre d'architecte en la cité d'Arras et à en être reçu bourgeois dès 1744. A cette époque, Merville avait été chargé de la construction de l'église abbatiale du Mont-Saint-Eloi dont on aperçoit aujourd'hui au lointain, en quittant le village de Duisans, les tours en ruines. Il se chargea aussi entre autres de la reconstruction des abbayes de Saint-Winoc de Bergues, Cercamps, Wastines, des prieurés d'Aubigny, Perroy ou Rebreuve mais aussi d'autres châteaux autour d'Arras. André Merville présenta ses plans à Antoine-Guillaume au début mars 1752, et la convention fut signée le 18 du même mois. Les travaux commencèrent sur le champ et Merville supervisa maître-maçons, tailleur de pierres ou maître-charpentier, tous recrutés sur Maroeuil, village d'où il était aussi originaire. On usa évidemment des matériaux locaux, la lumineuse pierre blanche dont la caractéristique est la gélivité, mais aussi des bâtiments qui n'avaient plus de raison d'être et que l'on pût utiliser comme lieu de pacage ; après récupération, les pierres devaient se retrouver dans la maçonnerie. L'époque n'était pas au gâchis, l'on utilisait ce dont on disposait sur place. Une date (le 31 mars 1752) a été conservée dans les caves du château, gravée dans la pierre blanche, symbolisant sans doute la fin de l'édification des fondations. Elle est aujourd'hui toujours visible. Les travaux s'achevèrent au début novembre de la même année. Ce qui paraîtrait long à réaliser aujourd'hui, le fut à l'époque en neuf mois, sans la technologie dont nous ne saurions nous passer pour des constructions maintes fois plus sommaires. 

Pour accéder au perron, l'on doit monter quelques marches puisque l'ensemble du bâtiment qui fait face au Gy surplombe la cour d'honneur. Le corps de logis repose sur un soubassement en grès qui isole les murs des remontées humides. Après avoir gravi les marches, le visiteur se transforme en un spectateur, invité par les mouvements théâtraux que mettent en scène la façade. Faisant face à la porte d'entrée, l'on découvre un avant-corps en légère saillie. La formule d'un avant-corps en saillie est une caractéristique récurrente au XVIIIème siècle dans l'Artois et le Boulonnais. Elle souligne l'axe de symétrie qui structure la façade dans son ensemble. A la symétrie de la façade répondent dans la cour deux communs qui servirent de bergerie. Surmontés d'un toit en ardoises, leurs murs sont ornés de jambes en bossage, d'une arcade et d'occuli aveugles d'un côté et ouverts de l'autre. 

La façade Sud, côté jardins 

Le corps central, plus vaste que sur la façade Nord, est ici composé de trois travées que le fronton, logiquement plus ample, embrasse. Seules les trois baies du premier niveau sont en plein cintre, toutes les autres fenêtres restant rectangulaires. La place a principalement été gagnée sur les tables rentrantes, deux fois plus étroites au Sud qu'au Nord. Pas d'entablement, pas de pilastres ici. Merville a remplacé la grammaire architecturale et l'aération de sa façade Nord par la variété et la grandeur. Discrètes, les clés des fenêtres n'en scandent pas moins la façade par leur répétition et le tour de force s'inscrit dans les lucarnes qui se détachent parfaitement du toit. Ayant bénéficié d'un plus grand soin, elles sont ici en pierre et couvertes d'un fronton curviligne ou cintré dont l'on pressent l'héritage italien à travers le respect des habitudes acquises au classicisme français. Les fenêtres rectangulaires des lucarnes sont entourées de montants sculptés, qui rappellent les pilastres du côté Nord, et adoucis par des ailerons. Le côté Sud est aussi celui des jardins. 

A droite de la façade, l'on accède à la chapelle. Elle fut dédiée à la Nativité de la Vierge et l'on peut encore deviner sur le sol l'emplacement où devait se trouver l'autel. On y devine une acoustique seyant à un lieu de recueillement et de rassemblement familial même si le plafond a aujourd'hui été surbaissé. L'on pouvait à l'origine accéder à la chapelle de l'intérieur du château. 
L'intérieur du corps de logis 

L'époque de la construction du château de Duisans s'inscrit dans une période où la recherche du confort devient primordiale. Si l'on a soigné les façades extérieures en axant la volonté sur leur sobriété, le confort intérieur n'en devient pas moins fondamental. Les pièces sont plus petites, intimes et par la même occasion mieux chauffées par des cheminées que l'on habille au goût du jour, c'est-à-dire de marbre. On donne des fonctions bien déterminées aux pièces, créant des salons de compagnie, musique, boudoirs ou encore bibliothèques. Certaines devaient revêtir ce rôle à Duisans. Le château a conservé ses portes intérieres et boiseries en chêne. Au dessus des cheminées, l'on trouve aussi des panneaux à angles droits, cintrés au niveau supérieur. Conservé intact, ce qui est rare dans nos régions, le marbre des cheminées est agrémenté de palmettes et coquilles. Ces dernières sont au nombre de trois dans la pièce centrale et font sans doute écho au blason des Dubois de Hoves. Le décor des deux autres varie quelque peu. Ces cheminées nous permettent d'ailleurs d'indiquer ici que leur haute souche ont été classées Monument Historique après leur restauration. 

Le reste du premier niveau est composé de deux plus petites pièces (sans doute boudoir ou bibliothèque) et d'un hall d'entrée s'ouvrant sur la cour d'honneur et recevant l'escalier monumental qui permet d'accéder au deuxième niveau. La finesse de sa rampe en fer forgé, composée semble t'il par Jean Lamour, celui-là même qui dessina l'ensemble des grilles de la place Stanislas à Nancy, confère à travers son style rocaille, orné de courbes et contre-courbes, une véritable richesse décorative et permet de plus d'embrasser et de relier les deux niveaux par un élégant mouvement. Jean Lamour serait aussi à l'origine de toutes les autres éléments de ferronnerie du château : les grilles, le passage piétonnier de la cour d'honneur, la porte du jardin et la balustrade du balcon auquel l'on accède au deuxième niveau par la baie supérieure. 

Les caves auxquelles l'on accède sous l'escalier d'honneur se composent de six pièces de tailles différentes, deux possédant encore leur porte d'origine, en chêne, et leur ferrure. Chaque pièce est couverte d'une voûte en plein cintre et s'inscrit donc dans la mouvance des caves d'Arras. L'une d'entre elles offre au regard, gravée dans la pierre, la date du début d'édification des murs des caves. 

Les cuisines sont elles-mêmes typiques du Nord de la France. La cheminée fut construite en briques. L'emplacement du four à pain a également été conservé. A l'origine dallées de tomettes, les cuisines ont récemment bénéficiées d'une restauration permettant aujourd'hui au lieu de devenir une salle de réunion. Les visiteurs achèveront la visite par la découverte d'un escalier de service possédant une rampe d'escalier à balustres plats, typique en Artois.