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" 1955, un exploit de la télévision révèle à des milliers de Français "

LA VIE HÉROÏQUE DES MINEURS DE FOND

 

 

" Pour la première fois de leur vie, le 4 avril 1955, à 9 heures 40 du soir, les femmes et enfants des 140 000 mineurs du Nord et du Pas-de-Calais ont pu voir de leurs yeux leur mari ou père travailler au fond de la mine. Sans quitter la surface, les familles ont suivi pas à pas, dans les sombres galeries souterraines, ces hommes dont elles partagent l'existence, mais dont elles n'avaient jamais vu réellement le labeur quotidien.
C'est un exploit de la télévision française qui a permis cette émouvante initiation."

" Sous la direction de Pierre Tchernia, 30 techniciens, trois camions :de matériel et un car de reportage ont été mobilisés pendant quatre jours. Au prix de véritables acrobaties techniques, ils ont réalisé la première émission en direct du fond de la mine. Sur les écrans des récepteurs, très nombreux dans les corons, des milliers de téléspectateurs ont pu voir la descente dans le puit 12 de Lens, à 270 mètres de profondeur et le visage quotidien d'un des métiers les plus dangereux et pénibles qui soient. "

 

La vie des mineurs de fond à la télévision

L'exploit de la Télévision Française a révélé pour la première fois en direct, au public ce qu'était le travail quotidien d'un mineur de fond dans des conditions de travail difficiles.

L'équipe de télévision a suivi la journée de travail d'un " abatteur ", André Castille
( ci-dessus, à droite )

 

La salle des pendus

<< La " salle des pendus " est le vestiaire des mineurs. Chacun attache ses vêtements à une corde fixée par un cadenas. Les uns prennent une douche, pendant que d'autres fument, en attendant leur tour, la première cigarette de la journée.

 

" La " taille" ou va travailler l'abatteur peut être assez haute pour que l'on puisse s'y tenir debout, mais bien souvent, le mineur doit passer ses huit heures couché à plat ventre dans un boyau de 50 cm de hauteur...

La plus grosse partie du charbon abattu roule de son propre poids jusqu'au convoyeur blindé qui l'emporte, mais au fur et à mesure que l'on s'en éloigne, il faut déblayer à la main, le charger à la pelle. C'est le plus dur. Mr Castille s'active dans l'amas de blocs, de gaillettes et de poussier... Puis il reprend le piqueur, surveillant de ses yeux blancs, le toit de la taille qui peut s'effondrer... "

 

 

La remontée des mineurs...

 

<< La remontée dans la nuit termine le roulement de huit heures à 22h15. Ceux " du soir "passent des ténèbres du fond à l'obscurité de la surface. André Castille précède ses camarades après une journée bien remplie...

 

La terrible silicose...

" Castille songe à ces jeunes " galibots " qui, promus mineurs de fond, ont choisi de travailler dans le roc, au percement des quelque 100 km de bowettes qui s'ajoutent chaque année, dans le bassin, au réseau ancien. Pleins d'une santé et d'une énergie qu'ils croyaient à toute épreuve, ils ne se sont pas ménagés. Peu à peu, la fine poussière
de silice colloïdale qu'ils ont respirée s'est accumulée dans leurs poumons et à a provoqué la destruction des alvéoles pulmonaires : ils ont été silicosés...

Quand la proportion de ces ravages devient trop importante, le médecin de la mine exige qu'on retire du fond, ceux qui sont atteints. Ils deviennent manœuvre de surface et sont pour le reste de leur vie, incapable  de tout effort.. Quelquefois même ils ne peuvent plus travailler du tout et sont contraint de vivre de la pension que leur alloue l'administration en luttant contre de terribles crises d'asphyxies. "

" Le seul remède contre la silicose est préventif : il faut éviter la poussière. C'est aux techniciens que ce rôle appartient. Or, la silicose, dont on n'a commencé à parler que vers 1932 faisait beaucoup moins de ravages il y a une cinquantaine d'années. Le travail était artisanal et lent.. Pour creuser les bowettes, on perçait les trous à la barre à mine avant d'y introduire les explosifs. La poussière s'évacuait lentement, mais ne volait pas. En 1932, on donna aux bowetteurs des marteaux perforateurs qui avaient un fleuret creux par où passait de l'air comprimé. Sous leur souffle, la poussière s'évacuait en tourbillon. L'atmosphère devenait irrespirable. Un homme non entraîné s'y mettait à vomir au bout de dix minutes. Ce fut une hécatombe, Toute une génération ,celle des hommes qui avaient 30 à 45 ans en 1945 ,mourut. Les privations dues à la guerre y furent aussi pour quelque chose. Pendant trois ans, on déserta la mine, Mais que faire dans ce Nord où l'on n'a guère d'autre alternative que d'être mineur ou de s'inscrire au chômage?
Les récents progrès de la technique, s'ils n'ont pas complètement écarté le danger, il l'ont considérablement atténué. Les marteaux-perforateurs sont maintenant à injection d' eau. Le plus gros de la poussière s'évacue en boue... " 

Mr Castille et Elisabeth

La joie du mineur :  la famille et le jardinage pour son besoin d'air et de lumière, ainsi que de l'appoint pour la consommation familiale qu'il procure.

 

Extraits de la revue "Science et Vie" de juillet 1955
Textes :Philippe Cousin  Photos : Jean Lattès
Documents transmis par Mr Castille Daniel

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Le jardin du mineur

    

 

 

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