|
LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
EN FRANCE ET EN ARTOIS

1 - LES FAITS DE GUERRE:
1-1: 1914 - Guerre de mouvement;
Sur le front occidental, pendant la bataille et le siège de Liège du 3 au
17 août 1914, c’est la prise puis l’abandon de Mulhouse (8-10 août), la
conquête des cols des Vosges, tandis que se concentrent et se mettent en marche
les armées : 85 divisions allemandes d’infanterie et 12 de cavalerie. Pau
entre à Mulhouse le 19 août , mais un combat à Dinant le 15 août montre que
l’ennemi va envahir la Belgique centrale. L’armée belge se replie sur
Anvers. Les Allemands font leur entrée à Bruxelles le 20 août et font le siège
de Namur du 21 au 23 août, tandis que Dubail et Castelnau s’avancent en
Lorraine sur Sarrebourg et Morhange, où ils sont battus par le Kronprinz de
Bavière les 19 et 20 août. Joffre fait replier Castelnau sur le Grand Couronné,
Dubail sur la Mortagne ; il les dispose en équerre et la victoire de la trouée
de Charmes le 25 août sauve l’Est de la France : ce sera le pivot de l’armée
française jusqu'à la fin de la guerre. Mais Ruffey a été battu par le
Kronprinz autour de Virton-Longwy et Langle de Cary dans la forêt des Ardennes
le 22 août. C’est aussi la défaite de Lanrezac à Charleroi et de French à
Mons (21 au 23 août) ; Bülow et Kluck les poursuivent. La France est envahie.
Le 28 août au soir, le Kaiser ordonne la marche en toute hâte sur Paris. La
retraite organisée par Joffre le 25 août est admirable : combat du Cateau le
26 août, siège de Maubeuge du 26 au 8 septembre, combat de Proyare, succès de
Lanrezac à Guise, succès de Langle de Cary sur la Meuse et à Signy-l’Abbaye
du 28 au 30 août. Mais il faut du temps à Joffre pour établir les liaisons de
la retraite générale vers la Seine. Moltke s’inquiète et change la marche
de von Kluck qui, au lieu de se diriger sur Beauvais oblique vers Meaux ;
Gallieni observe ce mouvement. Le 4 septembre, Joffre, ayant ses liaisons assurées,
ordonne l’offensive . La bataille de la Marne s’engage le 6 septembre.
Maunoury est vainqueur sur l’Ourcq, French sur le Petit-Morin, Franchet d’Esperey
à Esternay et à Montmirail, Foch à Mondement, aux Marais de Saint-Gond et à
Fère-Champenoise, Langle de Cary à Vitry-le-François, Sarrail en Argonne, à
La Vaux-Marie ; partout l’ennemi est rejeté ; Castelnau est victorieux au
Grand Couronné, Dubail sur la Mortagne. Obligées de battre en retraite, les
armées de Moltke sont poursuivies par les armées de Joffre, jusque sur les
plateaux de l’Aisne où se livre une bataille imprécise du 13 au 20
septembre. De part et d’autre, on se retranche. Après la bataille de Woêvre,
du 20 au 26 septembre, qui laisse Saint-Mihiel à l’ennemi, tout l’intérêt
de la lutte est à l’ouest où se poursuit la course à la mer. Falkenhayn a
remplacé Moltke disgracié. Il met le siège devant Anvers qui tombe le 10
octobre et jette contre Joffre toutes ses troupes vers le Nord : Castelnau livre
la bataille de Lassigny-Roye du 19 septembre au 6 octobre, de Maud’huy défend
énergiquement Arras du 1er au 6 octobre et déjà des troupes arrivent en
Flandre pour recueillir les Belges échappés d’Anvers. Falkenhayn y envoie
150 000 hommes de troupes fraîches et le Kaiser veut la décision : il lui faut
Calais. La bataille des Flandres du 22 octobre au 15 novembre 1914 est acharnée
sur l’Yser et sur les collines autour d’Ypres ; elle se termine par l’échec
complet de Falkenhayn battu par Foch. La guerre d’usure commence alors.
Sur le front oriental, le grand-duc Nicolas attaque dès le 12 août 1914 en
Prusse orientale, il est victorieux à Gumbinnen et marche sur Kœnigsberg; mais
Hindenburg est appelé pour sauver la situation et il écrase Sansonon à
Tannenberg (26-29 août 1914).
Cependant, l’offensive russe a dégagé le front français d’où 80 000
hommes, rappelés en toute hâte vont manquer sur la Marne. En outre les armées
russes de Pologne et de Galicie remportent sur les Autrichiens la belle victoire
de Lemberg (28 août -12 septembre 1914) et les poursuivent jusqu’au delà de
Przemysl sur les Carpathes et Cracovie. Au nord, l’armée russe de Rennenkampf
bat les Allemands près du Niemen, à Augustow (25 septembre-3 octobre 1914).
Pendant ce temps, Hindenburg envahit la Pologne et refoule le grand-duc Nicolas
dans la boucle de la Vistule (1er -15 octobre 1914), mais une vigoureuse
contre-offensive donne la victoire au grand-duc sur la Bzoura (16-31 octobre
1914). La bataille se continue par une manœuvre d’Hindenburg autour de Lodz,
où il échappe difficilement à l’encerclement (15 novembre-15 décembre
1914).
De son côté, l’armée Serbe remporte sur les Autrichiens la victoire du Tser
(15 21 août 1914); mais après la bataille de la Drinba (8-15 septembre 1914),
elle se retire en novembre vers le centre du pays. La belle victoire du Roudnik
(2-15 décembre 1914) rejette les Autrichiens sur la Save et la Drina.
1-2: 1915 - Guerre de position à l’ouest;
Sur le front occidental, en 1915, c’est la guerre de siège. Falkenhayn se
tient sur la défensive en France, mais comme il envahit la Russie et la Serbie,
Joffre va s’efforcer de les soulager par des attaques en Artois et en
Champagne. Combats d’hiver à Crouy, à Neuve-Chapelle, à Perthes-les-Hurlus
et à Beauséjour. De février à avril 1915, la bataille des Eparges et de
Vauquois est très dure. Du 22 avril au 17 mai 1915, l’attaque allemande par
les gaz sur le saillant d’Ypres marque les combats de l’Hermannswillerkopf.
L’armée d’Urbal engage la bataille de Souchez du 9 mai au 16 juin 1915, et
malgré le succès du corps Pétain, échoue. Le problème des munitions se pose
et la nation fait un effort admirable. En Angleterre, les enrôlements
augmentent l’armée de plusieurs millions d’hommes. En juillet 1915, le
Kronprinz échoue en Argonne et les Français attaquent en Alsace le Massif du
Lingekorpf. Enfin le 25 septembre 1915, Joffre déclenche la bataille d’Artois
et de Champagne. Castelnau fait 25 000 prisonniers en Champagne mais manque la
percée ; d’Urbal et Haig sont arrêtés devant Vimy et Lens.
L’Italie, entrée en guerre le 23 mai 1915, se trouve en présence sur sa
frontière d’une puissante organisation défensive.
Sur le front oriental, Falkenhayn lance Hindenburg sur Varsovie en février,
qui, vainqueur aux lacs de Mazurie, est battu à Borg noff et à Prasmysz. Dans
les Karpathes, les Russes atteignent les cols et descendent vers la plaine
hongroise en mars et avril 1915. L’Autriche appelle l’Allemagne à son
secours. Falkenhayn et Hindenburg préparent une puissante offensive avec 1 400
000 hommes et 4 000 canons et, le 2 mai, les Russes sont enfoncés par Mackensen
sur la Dunajec. Le grand-duc se replie sur le San où il livre bataille du 15
mai au 3 juin 1915, abandonne Przemysl le 3 juin et, malgré une vive résistance
sur le Dniester évacue Lemberg le 22 juin. Les Russes retraitent sur Ivangorod
et derrière le Narew. Le 5 août 1915, Varsovie est évacuée avec la ligne de
la Vistule ; la Galicie, la Pologne et la Courlande sont perdues ; le 5
septembre1915, Le Tsar se met à la tête des troupes. Vilna tombe le 18
septembre et l’invasion s’arrête.
Au Caucase, les Turcs ont été battus par les Russes ; dans la presqu’île de
Gallipoli, l’expédition des Dardanelles (d’avril à décembre 1915) mal préparée
et mal exécutée, échoue. Falkenhayn s’est attaqué en automne à la Serbie
: il lance deux armées d’invasion tandis que les Bulgares prennent l’armée
serbe dans le dos le 15 octobre. Les Serbes opèrent en novembre une retraite émouvante
à travers leur pays sans pouvoir être secourus.
1-3: 1916 - L’Année de Verdun;
Sur le front occidental, le 21 février 1916, Verdun est attaquée par les
Allemands. Le fort de Douaumont tombe, mais Joffre envoie Castelnau et Pétain
et la situation, un moment compromise, se rétablit. La bataille acharnée s’étend
bientôt sur les deux rives de la Meuse : le 9 avril 1916, un assaut général
échoue devant une admirable résistance ; on se bat à Avocourt, à Vaux, au
Mort-Homme, à Douaumont, à la Caillette. Le fort de Vaux est pris le 7 juin
après une héroïque défense. Le 23 juin, une tentative désespérée du
Kronprinz sur Souville échoue et la guerre arrive à son tournant, car le 1er
juillet, Joffre attaque à son tour les Allemands sur la Somme. Ce coup de maître
enfonce l’ennemi jusqu’aux portes de Péronne. Ayant perdu quelques 105 000
prisonniers et 350 canons, l’ennemi est à deux doigts du désastre,
d’autant plus que Joffre, ayant dégagé Verdun, y attaque le Kronprinz à
Thiaumont-Fleury. Nivelle reprend Douaumont le 24 octobre et Vaux. Enfin, par sa
victoire de Louvemont-Bezonvaux le 15 décembre 1916, Mangin rejette l’ennemi
sur ses emplacements de février.
En Italie, les Autrichiens ont livré la bataille du Trentin le 15 mai,
s’emparant d’Asiago et d’Arsiero, mais une contre-offensive de Cadorna et
les revers de l’Autriche sur le front russe stabilisent la ligne ennemie
(21-29 juin). Codorna reprend ses opérations sur l’Isonzo, s’empare de
Gorizia le 9 août et livre les batailles du Carso le 14 septembre et de
Faiti-Hrib (1er-3 novembre 1916).
Sur le front oriental, en Russie, Broussiloff attaque le 4 juin en Volhynie, en
Galicie, en Bukovine : il est vainqueur à Loutsk (4-8 juin 1916), s’empare de
Czernowitz le 17 juin et conquiert la Bukovine. Il combat contre Linsingen en
Volhynie entre le Styr et le Stokhod (en juillet) et atteint, en Galicie, Brody
et Stanislau (28 juillet-10 août) ; mais l’offensive s’arrête à la fin de
septembre, avec un bilan de 240 000 prisonniers, 60 canons et 2 500
mitrailleuses.
La Roumanie se jette sur la Transylvanie et bientôt se voit attaquée
concentriquement ; elle perd la bataille de Targugin (15-17 novembre) et
Constantza le 22 octobre. Mackensen et Folkenhayn marchent sur la Valachie, et
s’emparent de Bucarest le 6 décembre. L’armée roumaine se replie sur le
Sereth où la France et la Russie la réorganisent.
Dans les Balkans, les Monténégrins ont perdu le Mont Lovcen ; les Italiens
s’installent à Valona. Les Serbes débarquent à Salonique et l’armée d’Orient
s’empare de Florina le 18 septembre 1916 et de Monastir le 19 novembre 1916.
En Arménie, les Russes ont pris Erzeroum le 16 février, Trébizonde le 18
avril, mais les Anglais ont subi un échec à Kut-el-Amara sur le Tigre le 28
avril 1916.
1-4: 1917 - L’Année difficile;
En 1917, sur le front occidental, Nivelle a remplacé Joffre. Battue sur la
Somme en 1916, l’armée allemande se replie vers Cambrai et Saint-Quentin
(17-21 mars 1917) sur les positions fortifiées par Hindenburg. Haig s’empare
de la falaise de Vimy les 9 et 10 avril) et Nivelle livre sans succès suffisant
la bataille de Craonne-Moronvilliers les 16, 18 avril et 5 mai 1917. Toutefois,
l’ennemi perd 52 000 hommes prisonniers et près de 500 canons au cours du
printemps. Il perd en outre la colline de Messines-Wytscaete les 7 et 8 juin,
ainsi que la crête de Passchendaele dont la prise termine la longue bataille
conduite par Haig en Flandre du 31 juillet au 6 novembre. Pétain a succédé à
Nivelle et Verdun est définitivement dégagée le 20 août par le succès de
Mort-Homme. La belle victoire de la Malmaison, au nord-est de Soissons, à
l’entrée du Chemin des Dames, (23 au 26 octobre) donne alors des vues sur
Laon. Haig de son côté attaque avec des tanks devant Cambrai le 20 novembre,
mais son succès est annulé par une contre-attaque ennemie le 30 novembre.
Sur le front d’Italie, Cordona a repris l’assaut du Carso (15-23 mai 1917)
puis conquis le plateau de Bainsizza (19-23 août 1917). Mais la propagande défaitiste,
détermine, le 24 octobre, la rupture et le désastre de Caporetto-Tolmino.
Gorizia et Udine sont abandonnés (27-29 octobre 1917), une armée italienne détruite
à Latisana (31 octobre 1917), le Tagliamento franchi. Cependant la France vole
au secours de l’Italie et l’arrêt s’établit sur la Pavie le 9 novembre
1917 et le massif du Grappa. L’Italie a perdu 450 000 hommes.
Sur le front oriental, après la Révolution de mars, la Russie s’écroule,
Korniloff obtient un succès à Halicz (1er - 9 juillet 1917) mais Hindenburg
profitant de l’indiscipline des troupes russes, attaque à Zloczow. Tarnopol
et Stanislau tombe le 24 juillet 1917; les Roumains tentent de secourir cette
armée qui lâche pied, mais Czernowitz est perdu le 3 août. La déroute gagne
au nord, où Riga et Jaccobstadt sont pris en novembre. Le front oriental
n’est plus qu’un souvenir et, les 7 et 15 décembre 1917, la Russie et la
Roumanie signe l’armistice oriental.
En Mésopotamie, les Anglais vainqueurs à Kut-el-Amara le 24 février 1917, se
sont ouvert la route de Bagdad, qu’ils ont occupé le 11 mars 1917. Samarra le
21 avril. Gazza et Jaffa sont pris les 6 et 17 novembre 1917 et Jérusalem le 9
décembre 1917.
1-5: 1918 - L’équilibre enfin rompu;
En 1918, sur le front occidental, libre en Russie, l’Allemagne accumule sur
le front français 205 divisions contre 177 divisions alliées. Elle veut forcer
le destin avant que les Etats-Unis entrent dans la bataille. Ludendorff frappe
à la soudure franco-britannique autour de Saint-Quentin et brise le front
anglais le 21 mars 1918. Pétain vole au secours de Haig et arrête l’ennemi
à Noyon le 25 mars, mais Montdidier tombe le 27 mars. Toutefois, épuisé par
son effort et la résistance de Fayolle, de Debeney et d’Humbert, l’ennemi
s’arrête devant Amiens le 4 avril 1917. Ludendorff tente une nouvelle rupture
des Anglais pour atteindre la mer par la Lys le 9 avril ; Là encore, Foch, nommé
au commandement des troupes alliées, jette les divisions françaises au secours
des Anglais et, derrière le Kemmel, fixe l’ennemi (25-29 avril 1918).
Ludendorff s’obstine à la rupture brutale. Il jette ses troupes à l’assaut
du Chemin-des-Dames et franchit l’Aisne le 27 mai. L’angoisse est grande.
Soissons tombe et la Marne est atteinte le 30 mai. Les troupes françaises
cependant barrent la route de Paris sur les hauteurs de Château-Thierry et
devant la forêt de Villers-Cotterets le 4 juin. Le plan allemand contre Paris
s’exécute : le 9 juin 1918, von Hutier livre la bataille du Matz, s’empare
du massif de Lassigny, mais Mangin l’arrête par une attaque de flanc le 11
juin.
En Italie, l’armée autrichienne s’ébranle pour franchir la Piave et
prendre la Vénétie dans une tenaille le 15 juin. Mais Diaz tient la charnière
du Montello et la crue de la Piave transforme l’insuccès de l’ennemi en défaite
le 23 juin.
Ludendorff veut en finir avec la France et couper ses armées par le centre.
C’est la bataille de Champagne le 15 juillet. Gouraud y arrête net et
massacre les troupes allemandes. Foch et Mangin profitent du succès : le 18
juillet, Mangin et Degoutte attaquent sur Soissons et Neuilly-Saint-Front.
L’ennemi repasse la Marne, abandonne Château-Thierry le 21 juillet, recule
sous la poussée convergente des armées françaises, abandonne Soissons le 2 août
et repasse la Vesle. Foch veut maintenant dégager Amiens : Rawlinson et Debeney
tombent sur l’ennemi pris de panique le 8 août et entre dans Rozières et
Montdidier ; Humbert prend à revers von Hutier et conquiert le massif de
Lassigny (10-22 août). Ludendorff replié sur Roye, avoue que la guerre est
perdue. Mangin fonce à son tour en direction de l’Ailette (20-22 août)
tandis que Rawlinson et Byng tombent sur von der Marwitz du haut des plateaux de
l’Ancre et débordent Bapaume (21-23 août). Ludendorff comprend qu’il faut
céder : il ordonne la retraite sur la ligne Hindenburg le 28 août. Foch
reprend Noyon, Ham et Chauny, Péronne et Bapaume. La poche de la Lysse vide, le
Kemmel est repris le 31 août. Diminuée de 130 000 prisonniers, 2 000 canons et
14 000 mitrailleuses, rejetée dans la ligne Hindenburg qui couvre Douai,
Cambrai, Saint-Quentin et Laon le 6 septembre, l’armée allemande est ébranlée.
Sur le front oriental, c’est la victoire décisive. Franchet d’Esperey a
rompu le front bulgare à la bataille du Dobropolie le 15 septembre ; l’armée
d’Orient coupe l’armée ennemie, entre à Uskub le 29 septembre, fait
capituler 72 000 hommes ; la Bulgarie signe l’armistice de Salonique le 29
septembre. La marche victorieuse continue contre les forces austro-allemandes :
la Serbie est libérée, Belgrade réoccupée le 1er novembre. Allenby attaque
entre le Jordain et la mer le 18 septembre, coupe l’armée turque avec sa
cavalerie et entre à Damas le 1er octobre et à Alep le 26 octobre. La Turquie
implore l’armistice qui est signé à Moudros le 30 octobre.
Sur le front de France, une immortelle campagne de Foch va entraîner la chute
de l’Allemagne et conduire les Alliés sur le Rhin. Pershing commence par réduire
la poche de Saint-Mihiel au cours d’une bataille qui lui donne 20 000
prisonniers et 400 canons le 12 septembre. Aussitôt après, Rawlinson
conquiert, entre Cambrai et Saint-Quentin, les avancées de la ligne Hindenburg
le 18 septembre. Enfin la foudre éclate successivement le 26 septembre en
Argonne, le 27 dans le Cambrésis, le 28 dans les Flandres et le 30 dans le
Soissonnais.
Gouraud et Pershing attaquent de part et d’autre de la forêt d’Argonne et
emportent une large zone des défenses allemandes du 26 au 30 septembre. Horne
et Byng passent le canal du Nord et dessinent un cercle devant Cambrai les 27 et
28 septembre, que Rawlinson accentue au sud et le 30 en enlevant le canal
de Saint-Quentin où il brise la ligne Hindenburg ; à son tour Debeney manœuvre
autour des défenses de Saint-Quentin et s’empare de la ville le 1er octobre.
En Flandre, le groupe d’armée du roi Albert s’empare de Dixmude (28-30
septembre) et de la ceinture des collines d’Ypres. Ce coup d’épaule amène
la résorption de la poche de La Bassée, la prise de Lens et d’Armentières
le 2 octobre. Mais tout s’enchaîne. Berthelot a attaqué le 30 septembre sur
la Vesle et poussé jusqu'à l’Aisne le 30 octobre, en liaison avec Gouraud
qui manœuvre sur la Suippe, fait tomber les monts de Champagne et atteint
Vouziers le 12 octobre, ayant pris depuis le 26 septembre 22 000 prisonniers et
600 canons. Enfin, un assaut décisif, le 8 octobre, mené par Horne, Byng,
Rawlinson, Debeney, emporte les vestiges de la ligne Hindenburg entre Cambrai et
l’Oise et débouche en rase campagne sur le plateau de Bohain. Cambrai et le
Cateau sont occupés les 9 et 10 octobre, le massif de Saint-Gobain-Craonne
enlevé par Mangin. Laon est délivrée le 13 octobre.
En Flandre, le roi Albert attaque le 14 octobre et entre à Thourout et à
Courtrai le 16. La côte est dégagée par la prise d’Ostende le 17, de Bruges
le 19, Degoutte a enlevé le plateau de Thielt, l’ennemi évacue la plaine du
Nord et les troupes françaises entrent dans Lille et Douai le 17 octobre. Les
Anglais et Debeney vont harceler l’ennemi au Sud et le bousculer sur la Serre,
la Rhouelle, l’Ecaillon, la forêt d’Andigny. Valenciennes tombe le 2
novembre. C’est l’heure de la pression générale sur l’Escaut, la Serre,
l’Aisne et la Meuse. Ludendorff abandonne le commandement le 26 octobre. Le 4
novembre, le canal de la Sambre à l’Aisne et la forêt de Mormal sont enlevés
et sur tout le front de France les armées allemandes battent définitivement en
retraite, vaincues, usées, démoralisées, ayant perdu depuis le 15 juillet 370
000 prisonniers, 6 500 canons et 40 000 mitrailleuses.
En Italie, Diaz a préparé également l’offensive finale. Il franchit la
Piave le 27 octobre, s’empare de Canegliano et de Vittorio le 29, d’Asiago
le 30 et presse de tous côtés l’armée autrichienne disloquée et en pleine
déroute. Il entre à Trente et à Trieste le 3 novembre au moment où le général
von Arz signe à Padoue un armistice qui marquait la fin de l’Autriche-Hongrie
; le 4, le feu cesse derrière les débris de l’armée autrichienne
abandonnant 430 000 prisonniers et 6 800 canons.
En France, les villes de Rethel et Sedan, Maubeuge et Tournai sont délivré et
Foch prépare en Lorraine la dernière bataille qui doit terminer la campagne
par un immense Iéna quand, effrayés devant ce désastre sans précédent, les
plénipotentiaires allemands, ayant franchi les lignes françaises à la
Capelle, signe l’armistice de Rethondes le 11 novembre qui consacre la
capitulation de l’armée allemande.
2 - LES FAITS DE GUERRE MARITIMES ET COLONIAUX:
Après la poursuite du « Gœben » et du « Breslau » et l’entrée en
ligne de la Turquie, la flotte anglo-française attaque les Dardanelles. Des
actions des plus diverses (blocus, raids de sous-marins, pose de mines,
ravitaillement, chasse aux navires de commerce allemands) se développent sur
toutes les mers. Sur les côtes du Chili, la flotte anglaise subit un échec,
mais elle coule trois cuirassés allemands aux îles Falkland le 8 décembre1914,
poursuit les autres et les détruit successivement.
Aux colonies, le Togo capitule le 22 août, ainsi que Samoa et la Nouvelle-Guinée.
Assiégée par les Japonais, la garnison allemande de Kiao-Tchéou capitule le 7
novembre 1914. Les opérations commencent au Sud-Ouest Africain et au Cameroun.
En 1915, après une première attaque des forts des Dardanelles par la flotte
anglo-française le 25 février, une bataille est engagée le 18 mars ; la
flotte échoue et perd plusieurs cuirassés. Cependant la flotte anglaise a
enregistré un beau succès sur la flotte allemande dans les parages du
Dogger-Bank le 24 janvier. Sur toutes les mers l’ennemi s’attaque aux
navires neutres et coule le Lusitania le7 mai 1915.
Au Sud-Ouest Africain, la prise de la capitale, Windhock, le 12 mai, rend les
anglais maîtres du pays. Au Cameroun, des colonnes s’organisent et refoulent
l’ennemi.
En 1916, les torpillages deviennent de plus en plus nombreux. Le 31 mai la
flotte allemande tente de rompre le blocus, mais se fait battre près des côtes
de Jutland par la flotte de l’amiral Beatty ; elle perd 16 unités, mais échappe
à l’écrasement.
L’Allemagne voit ses colonies tomber au pouvoir des Alliés. En janvier 1916,
au Cameroun, Yaoundé est occupée et l’ennemi rejeté dans la Guinée
espagnole. La conquête de l’Afrique orientale allemande est poursuivie par
les colonnes anglaises, belges et portugaises qui convergent sur le chemin de
fer central. La capitale, Dar-es-Salam, est occupée le 4 septembre 1916.
L’empire colonial allemand a vécu.
Le 31 janvier 1917, l’Allemagne déclare la guerre sous-marine à outrance ;
elle inflige aux Alliés des pertes importantes et croit pouvoir vaincre l’Angleterre
en quelques mois. Mais les mers sont minées et la lutte contre les sous-marins
s’organise. Les transports américains augmentent sans cesse et l’espoir de
l’Allemagne s’évanouit peu à peu, d’autant plus que le blocus se
resserre autour d’elle. La maîtrise de la mer reste assurée pour les Alliés.
En 1918, la flotte anglaise tente un raid d’embouteillage contre Ostende et
Zeebrugge, la guerre sous-marine est en décroissance et les chantiers de l’Entente
construise un tonnage supérieur au tonnage coulé, la marine américaine fait
un grand effort pour accélérer les transports de troupes. Enfin, grâce à la
liberté des mers, et, après l’armistice, la flotte anglaise assiste le 21
novembre 1918, à la réédition de la flotte allemande.
3 - RESULTATS GENERAUX DE LA GUERRE:
1914 : l’Allemagne veut écraser la France par une victoire immédiate
avant la mise en marche des Russes et l’entrée en ligne des réserves
anglaises ; elle échoue. La France subit l’invasion, parce que la préparation
à la guerre a été inférieure à celle de l’ennemi ; mais le génie de ses
chefs et la valeur de ses soldats remporte la victoire. Grâce à elle, on
organisera et on accroîtra sans cesse les effectifs et le matériel en vue
d’une guerre d’usure qui, avec la liberté des mers, donnera la victoire définitive.
1915 : l’Allemagne envahit la Russie et la Serbie mais Joffre
attaque pour soulager ses alliés. L’armée française fait de grands
sacrifices ; elle permet à l’Angleterre de constituer une grande armée et à
l’Italie d’entrer en ligne avec les Alliés. C’est aussi une année de
consolidation et d’attente.
1916 : l’Entente attaque concentriquement les Empires Centraux. Après
Verdun, la Somme et la Galicie, c’est, malgré l’échec de la Roumanie, la défaite
certaine de l’Allemagne. Les armées alliées ont décimé sa force militaire
et le blocus épuisé sa population. Mais la paix proposée par l’Allemagne en
décembre est toujours basée sur l’annexion : l’Entente refuse.
1917 : la guerre sous-marine à outrance dresse les Etats-Unis contre
l’Allemagne, mais la révolution russe anéantit le front oriental. Les armées
de l’Entente conquièrent les observatoires du front occidental, mais les
Italiens sont rejetés sur la Piave, Equilibre et déséquilibre, l’année se
termine au moment ou l’heure décisive va sonner.
1918 : c’est l’année suprême et l’année de la victoire. Après
les attaques de Ludendorff et les grandes angoisses du printemps, un chef
unique, Français, le maréchal Foch, groupe les armées alliées et les porte
à l’assaut. Dans les Empires Centraux, le commandement, les troupes, les
peuples eux-mêmes, fléchissent successivement de tous côtés, en France, en
Macédoine, en Palestine, en Italie ; la victoire enfin devient éclatante sur
la frontière française reconquise où la guerre s’achève par l’armistice
du 11 novembre et qui conduit les troupes françaises au Rhin.
1919 : les traités de Versailles et de Saint-Germain enlèvent à
l’Europe centrale la suprématie politique, économique et militaire ; la
France, l’Angleterre et l’Italie recueillent la succession. Mais l’unité
de l’Allemagne est maintenue et la paix future qui suivra dépendra de la
vigilance des alliés et de la Société des Nations.
4 - LES FAITS DIPLOMATIQUES :
Les causes de la Première Guerre Mondiale sont à rechercher dans un passé
quelque peu lointain: depuis 1870, la guerre était devenue « l’industrie
nationale » de l’Allemagne qui se croyait appelée à remplir une mission
divine d’hégémonie universelle. Son expansion économique et son orgueil
dressèrent contre elle la Triple Entente (l’Angleterre, la France et la
Russie). La politique des armements qui s’ensuivit rendit le conflit inévitable.
Mais la cause la plus proche fut l’assassinat de l’Archiduc François
Ferdinand, héritier d’Autriche à Sarajevo le 28 juin 1914 par un étudiant
serbe, Gavrilo Princip ; il deviendra le prétexte recherché pour déclarer la
guerre au Conseil secret de Potsdam, le 5 juillet 1914. L’ultimatum autrichien
du 23 juillet 1914 à dessein inacceptable par la Serbie, met en garde la Russie
protectrice des Slaves. L’Autriche rejette la réponse serbe et l’Allemagne
écarte les chancelleries qui veulent tenter une médiation.
Le 28 juillet 1914, l’Autriche déclare la guerre à la Serbie, ce qui, déclenche
une mobilisation partielle russe et immédiatement la mobilisation générale
allemande. La France à son tour mobilise le 1er août 1914 après-midi et l’Allemagne
lui déclare la guerre le 3 août 1914 à 18 heures 45, après avoir violé la
neutralité du Luxembourg et de la Belgique et notre propre territoire.
L’Angleterre, la Belgique, le Monténégro, la Serbie et le Japon commencent
les hostilités à leur tour. La Turquie, jusqu'alors neutre, laisse entrer deux
croiseurs allemands dans les Dardanelles et les achète à l’Allemagne le 13
août 1914. Le 29 octobre 1914 des vaisseaux turcs coulent des navires russes
dans la Mer Noire. Le 3 novembre1914 , la guerre est déclarée par l’Entente.
L’Italie qui fait partie de la Triple Alliance discute vainement avec l’Autriche
au sujet de compensations territoriales. Elle signe le 26 avril 1915 le traité
de Londres avec l’Entente, et le 3 mai 1915, dénonce son traité d’alliance
avec les Empires Centraux. La guerre est déclarée le 23 mai 1915. Aux Balkans,
notre effort diplomatique insuffisant n’aboutit pas. La Bulgarie se joint aux
Empires Centraux et attaque la Serbie le 11 octobre 1915, sans déclaration de
guerre. De son côté, le roi de Grèce Constantin refuse d’exécuter le traité
de 1913 qui le lie à la Serbie.
En Février 1916, le Portugal se range aux côtés de l’Entente, et la
Roumanie se décide à intervenir; elle signe le traité le 17 août 1916 et déclare
la guerre à l’Autriche le 28 août 1916. Par contre la position du roi de Grèce
est inquiétante et le roi Constantin trahit l’Entente. En Turquie d’Asie,
l’Arabie se déclare indépendante et un accord secret entre la France et l’Angleterre
détermine des zones d’influence. Le 12 décembre 1916, l’Allemagne épuisée
tente une manœuvre pour obtenir la paix, mais refuse de dire ses buts de guerre
; l’Entente déjoue cette manœuvre.
La lutte sous-marine à outrance, décidée par l’Allemagne, jette les
Etats-Unis dans la guerre ; les relations sont rompues par Wilson le 3 février
1917 et l’état de guerre reconnu les 5 et 6 avril 1917. De nombreux états
suivent l’exemple des Etats-Unis : la Chine, le Siam, le Brésil. Cet événement
est capital.
Mais en sens opposé, la Révolution russe ne l’est pas moins. Elle éclate
le 12 mars 1917 à Pétrograd. Nicolas II abdique, mais la lutte engagée entre
extrémistes et modérés amène la chute de Kerensky et le triomphe du
bolchevisme avec Lénine le 7 novembre 1917. L’armistice oriental est signé
à Brest-Litovsk le 15 décembre 1917. La Roumanie est entraînée à signer également
l’armistice. En Grèce cependant, le roi Constantin a été mis dans
l’obligation d’abdiquer le 12 juin 1917. Venizelos a pris le pouvoir et déclaré
la guerre aux Etats Centraux.
En Russie, la République des Soviets est proclamée. La Russie signe le honteux
traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918 qui consacre le morcellement de
l’ancien Empire des Tsars. De son côté, la Roumanie signe les traités de
Bucarest qui la ruine économiquement les 5 et 26 mars et le 7 mai 1918.
Dès le mois d’août 1918, une dépression morale profonde ébranle
l’Allemagne. Les victoires de l’Entente se succèdent, éclatantes. Le 19
septembre 1918, la Bulgarie écrasée signe l’armistice de Salonique et le roi
Ferdinand abdique le 4 octobre 1918 et s’enfuit. La chute de la Turquie suit
de près: le 30 octobre 1918 est signé l’armistice de Moudros. La victoire
s’ouvre de toutes parts, l’armée autrichienne se désagrège; l’empereur
Charles s’enfuit de Vienne; la révolution disloque l’Autriche-Hongrie et
l’armistice est signé à Padoue le 3 novembre 1918. Enfin l’Allemagne
vaincue sur les champs de bataille a demandé l’armistice le 5 octobre 1918.
La Conférence interalliée de Versailles, du 1er au 4 novembre 1918,
examine les clauses qu’on imposera. A ce moment la révolution éclate dans
les villes allemandes, et le 9 novembre 1918, Scheidemann proclame la République
et l’abdication de Guillaume II qui, avec le Kronprinz, s’enfuit en
Hollande. S’inclinant devant la victoire de l’Entente, les parlementaires
allemands signent le 11 novembre 1918 à cinq heures du matin, l’armistice de
Rethondes.
L’Allemagne doit livrer 5 000 canons, 25 000 mitrailleuses, 1 700 avions, 5
000 locomotives, 150 000 wagons, 5 000 camions; les Alliés vont occuper toute
la rive gauche du Rhin et les têtes de pont de Cologne, Coblence et Mayence.
L’Allemagne rapatrie les prisonniers alliés, livre ses sous-marins; toute la
flotte allemande est désarmée et internée et le blocus est maintenu.
La Conférence de la Paix se réunit à Paris, au Ministère des Affaires étrangères
le 18 janvier 1919. Georges Clémenceau la préside et bientôt le Conseil des
Quatre (Clémenceau, Wilson, Lloyd George, Orlando) délibère. La France ne
peut obtenir l’occupation permanente et perpétuelle de la rive gauche du
Rhin, mais on lui propose l’alliance des Etats-Unis et de l’Angleterre en
cas d’agression de l’Allemagne. La Conférence maintient l’unité de l’Empire
allemand.
Le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919 dans la Galerie des
Glaces. Il nous rend l’Alsace-Lorraine libre de toutes charges. Les mines de
charbon de la Sarre nous sont données en toute propriété et les habitants
pourront opter pour la France dans les quinze ans. Tout ce que l’Allemagne a
enlevé dans les pays occupés doit être restitué, tous les dommages causés
aux civils réparés intégralement, les pensions, allocations et frais
d’occupations remboursés L’Allemagne doit payer 20 milliards de marks avant
le 1er mai 1921 et remettre un acompte de cent milliards de bons en marks or.
Guillaume II et les coupables doivent être jugés ; on obtient la liberté de
transit en Allemagne, le traitement de la nation la plus favorisée, un régime
international du Rhin. L’Allemagne perd toutes ses colonies et ses droits au
Maroc et au Congo ; la France obtient le mandat pour le Togo et le Cameroun.
L’armée allemande est limitée à 100 000 hommes, son matériel considérablement
réduit. Toute la partie gauche du Rhin et la rive droite jusqu'à 50 kilomètres
sont démilitarisées. L’occupation est prévue pour quinze ans ; si l’Allemagne
manque à ses engagements, les français sont autorisés à les réoccuper après
cette période. La garantie britannique et américaine est assurée à la
France. Les traités de Brest-Litovsk et de Bucarest sont abrogés et les Etats
nouveaux de Pologne, Yougoslavie et Tchécoslovaquie reconnus. Enfin, la Société
des nations est constituée et représente une haute sûreté susceptible d’amélioration.
Le traité de Saint-Germain est signé avec l’Autriche le 10 septembre 1919.
L’Autriche, réduite au Tyrol, à la Carinthie, à la Styrie et à l’Autriche
proprement dite ; son armée est réduite à 30 000 hommes, sa flotte de guerre
livrée à l’Entente ; les dommages de guerre seront réparés ; l’Autriche
cède toute sa flotte marchande.
Le traité avec la Bulgarie est ensuite signé à Neuilly : il comporte des
rectifications de frontières et, comme le traite de Saint-Germain, des clauses
militaires et économiques.
Les traités avec la Hongrie et la Turquie ont été signés en 1920.
L’ARTOIS MINIER DANS LA « GRANDE
GUERRE »:
LA VIE EN ZONES OCCUPEE ET LIBRE
Par Jean-Pierre ROGER, Président du Cercle Historique du Bruaysis « BRUACUM
»
« 1914-1918 » s’estompe déjà dans la mémoire de beaucoup de français
et d’habitants du Pas-de-Calais, et il faut penser à nos jeunes qui ne connaîtront
que par l’histoire de France cette période que nos contemporains, nos
grands-parents, ont vécue.
Cependant, dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais (partie comprise dans
le département du Pas-de-Calais), plus exactement de Leforest à Ligny-les-Aire,
la première guerre mondiale eut des répercutions plus ou moins graves selon
que l’on se situe en zone libre ou en zone occupée.
C’est dans un cadre urbain essentiellement, en y ajoutant quelques villages
voisins mais marqués par l’essor minier tels que les villages de Witternesse,
Bailleul-les-Pernes, etc... , que sera traité à partir de monographies
locales, de témoignages écrits et oraux, de registres de paroisses,
d’articles de presse, notre récit d’aujourd’hui.
Nous n’insisterons pas sur l’étude humaine où l’événement militaire à
Hénin sera réduit parce qu’il est si bien décrit par M. Splingart.
Avant d’aborder ce sujet passionnant, il est utile de préciser très
rapidement la chronologie des événements militaires.
A la guerre de « Mouvement » d’août-octobre 1914 succédera la guerre de «
position » de tranchées, une guerre dure et impitoyable.
Les 3 et 4 octobre 1914,tout l’Est d’une zone allant de Neuve-Chapelle au
Nord, à Liévin au Sud, est occupé. Sont comprises les villes de Carvin, Hénin,
Harnes, Lens, Liévin pour ne citer que les plus importantes, sous le contrôle
des mains ennemies.
Des reprises successives en mai-septembre 1915, en particulier Carency,
Neuville-Saint-Vaast, Souchez, Vimy, Loos-en-Gohelle et en avril 1917 à Liévin
et Angres, réduisent la zone occupée jusqu’à la libération finale d’octobre-novembre
1918, malgré la dernière furie allemande en mars 1918 dans le « Bas-Pays »
(région de Béthune-Laventie) où les Portugais cèdent.
Zone occupée, zone libre: examinons maintenant cette dualité en détail.
1 - LA VIE EN ZONE OCCUPEE:
Dès août 1914, l’enthousiasme est général. « Ligne bleue horizon »,
culte de l’Alsace-Lorraine, de la Patrie, ces notions inculquées par
l’instituteur laïc républicain demeurent très vivaces. « A Berlin », «
Dans trois mois la guerre sera gagnée », voilà ce que l’on entend dans
toutes les bouches. On fait confiance à l’armée russe, dans le « Rouleau
Compresseur » russe, et aussitôt les Austro-hongrois et les Polonais sont
emprisonnés.
L’ennemi, c’est une notion bien floue. Pour nos artésiens, « l’Empire
Allemand » n’est pas bien défini; on parle des Prussiens, puis plus tard (et
pourquoi?) des alboches, des boches, et aussi des fridolins, des fritz. Mais il
y a également des Bavarois, des Saxons, des Wurtembourgeois, des Badois (à
Vermelles par exemple) ...
Dès le départ, des patrouilles d’Uhlans (on disait d’abord les urlans à
Meurchin) sèment la terreur dans les campagnes et dans les villes. On les
rencontre à Hénin, Aire, Souchez, Ablain-Saint-Nazaire. A Souchez, on les
prend même pour des Anglais. Ces guerriers légendaires coupent, paraît-il les
mains des enfants et les utilisent, ainsi que les femmes, comme boucliers dans
les combats de rues. On démarre la guerre dans un climat de terreur et de
psychose. En 1940, on parlera de « Cinquième Colonne ». Les réfugiés belges
et de Maubeuge ne sont pas faits d’ailleurs pour arranger les choses dans leur
exode pitoyable. La déception est extrême quand, le 3 octobre au soir et le 4
au matin, les dragons et les chasseurs cyclistes font le coup de feu et se
replient sur Nœux-les-Mines, Béthune et Arras.
Puis ce fut " l'Occupation " telle que nous le décrit le pasteur
Lemaitre à Liévin dans ses mémoires :
« Donc, ce 4 octobre, beaucoup fuyaient : nous, et avec nous 10 000 habitants
environ, nous restions. A 4 heures, derrière nos vitres, en soulevant légèrement
les rideaux, nous assistions à l'entrée des premiers uhlans : vrais hercules,
ils arrivaient sans bruit, lance en avant, par groupes de sept , défiants, soupçonnant
quelqu'ennemi caché, s'avançant comme des ombres fantastiques dans la brume,
dans le silence, dans la mort de cette ville endormie, condamnée à l'avance à
la passivité, à la morne résignation. La nuit et les deux jours qui
suivirent, l'arrivée des troupes allemandes remplit la cité de tumulte ; la
circulation était quasi-impossible dans nos rues, où très peu de civils
osaient d'ailleurs s'aventurer. Ce fut l'invasion. Ce mot signifie : terreur et
pillage. Oh ! sans doute, je n'ai rien à ajouter de sensationnel ou d'atroce à
ceux qui connaissent les récits de Belgique. Les violences sur les personnes
furent rares ; il y eut quatre ou cinq civils fusillés, accusés d'avoir tiré.
Mais le système d'occupation est le système de la terreur : affiches multiples
et menaçantes ; arrestations arbitraires, interrogations insidieuses, visites
domiciliaires faites souvent par des hommes, revolver au poing. Le pillage
suivit son libre cours durant les premières journées. L'alcool - il y a 700
estaminets à Liévin - fut un merveilleux stimulant : certains jours le vin
coulait littéralement dans les rigoles. Le principe était de piller
radicalement toute demeure vide, tout magasin dont le tenancier était parti
".
On pille donc à Lens, Liévin, Angres, Montigny-en-Gohelle, etc... Le 4
octobre, Emile Basly, député-maire de Lens se rend au devant des allemands à
Sallaumines ; il est relâché le 5.
A Angres, le curé du lieu, Monsieur Sautière, le directeur d'école, Monsieur
Delahaye, François Lequint, agriculteur, sont enfermés, garants de la rançon
et ont pour tâche d'enterrer les morts. A Ablain-Saint-Nazaire, quelques
vieillards et un jeune enfant subissent un calvaire durant deux mois dans un
grenier. Sauvés grâce à l’intervention d’un officier, les raisons de leur
détention resteront obscures. En plus des otages, il faut ajouter des
contributions de guerre à Hénin, à Liévin, à Loos-en-Gohelle d’un montant
de 7 000 francs, qui se chiffrent à Lens à 950 000 francs or, une première
fois à 800 000 francs en avril 1916.
Y eut-il des francs tireurs ? Nous ne le pensons pas mais toujours est-il
qu’une crainte extrême de ceux-ci existe. Des imprudences, peut-être des
actes de violence « gratuits » provoquent la chute des premières victimes
civiles, quatre ou cinq personnes à Liévin, six vieillards fusillés à
Loos-en-Gohelle comme « espions », un habitant de Souchez abattu sur place
pour avoir crié « vive la France ». Alexandre Davroux de Pont-à-Vendin est
exécuté, gare de Lens le 11 ; lui aussi aurait crié. Un cabaretier de
Calonne-Liévin, Malaquin, a le tort de lancer quelques coups de carabine, pris
de folie furieuse. Il est abattu sur place.
Il faut savoir que beaucoup de personne avaient fui. Ce fut un exode très
rapide, désordonné, pitoyable où l’on vit des vieillards, même des bébés
qui trouvèrent la mort et ceci dans des conditions inhumaines, dans leur «
voyage » sous le feu des balles perdues sur les routes de Nœux-les-Mines ou
d’Arras. De ceux-là plusieurs disparurent à jamais.
En mai 1940, il y eut la réminiscence des événements de 1914. Ces directions
furent prises vraisemblablement en fonction d’affinités familiales et de
renseignements hâtifs donnés par les troupes en repli. Ce fut le cas des réfugiés
de Meurchin, de Liévin.
Cette fuite désorganisée sépare tragiquement des membres d’une famille,
quelquefois pour toujours et souvent pour quelques années. On se retrouve à Nœux-les-Mines
dans des bâtiments publics, des écoles, sur le trottoir, chez des amis connus
ou inconnus en attendant l’exode dans des wagons à bestiaux. Ensuite il y
aura l’éparpillement vers les bassins houillers du centre (Blangy ; Montceau
; Decazeville, ; Epinal ; Commentry), du Jura (Ronchamp) pour les mineurs. En général,
l’accueil se fait dans les départements du centre, mais il en partira pour le
Midi, le Sud-Est et même à Paris.
Cet accueil ne fut d’ailleurs pas toujours favorable pour les réfugiés cartés
car ils pâtiront de certains vols, de certaines exactions commis à ce moment-là,
d’où leur surnom de « Boches du Nord » en particulier dans le Loiret.
Les Belges furent ensuite dirigés près du Havre et de Sainte-Adresse
exactement, siège du gouvernement provisoire à cette époque.
Mais tout le monde n’avait pas voulu ou n’avait pas pu partir de chez lui,
surpris par l’avance rapide de nos envahisseurs. Ces chiffres vous en donnent
les proportions... A Liévin, c’est en gros la moitié de la population (10
000 sur les 25 698 habitants en 1914) ; la proportion est la même à Lens. A
Souchez il ne subsiste que 150 personnes et 500 pensionnaires et personnel de
l’hospice qui n’ont pu être évacués (sur 1 526 habitants en 1914). A
Ablain-Saint-Nazaire, on dénombre trente familles moins les mobilisés (sur une
population de 1 127 habitants en 1914). A Loos-en-Gohelle, 300 personnes
demeurent sur une population de 4 749 habitants en 1914). A Farbus, c’est un
total de 26 habitants qui resteront sur … 535, chiffre de la population de
l’époque.
Avant d’examiner les rapports entre occupants et la vie de tranchées et aussi
la vie de garnison, faisons connaissance avec la vie périlleuse par instants,
et la vie statique durant d’autres.
Sans plus insister sur les combats difficiles, meurtriers, sanglants,
effrayants, signalons que les Bavarois du Prince Ruprecht, les Saxons, les
Prussiens, les Wurtembourgeois connurent des épreuves physiques, morales et
psychologiques sur la colline sacrée de Notre-Dame de Lorette ou à Vimy
La « Dame Blanche » ou la « Dame Noire » de « Loretto » les empêchent
quelquefois d’avancer, dans une espèce de vision ou d’hallucination.
Certains reviennent des combats hébétés, parfois fous. On ne considère pas
qu’il y a l’enfer d’un côté ni le paradis de l’autre, mais le repos
est salvateur, réparateur. A Méricourt les soldats payent un mark pour une
lessive des effets personnels ; au même lieu, une lessiveuse d’eau
chaude qui élimine la vermine, les poux (les célèbres « totos »), les
parasites, se négocie à quatre marks. Cependant, d’après le Maréchal
Mayolle, les tranchées ou abris ennemis sont plus confortables que les nôtres.
Tout est bon pour se protéger, pour fortifier les abris qu’on appellera
blockhaus en 1939-1945 confectionnés à l’aide de rondins ,sacs de ciment et
de béton. Méricourt, Liévin, Lens sont remplis de « termitières », de «
taupinières », de « ratières ». Les officiers y jouent quelquefois du
piano, de la musique de chambre, y écoutent du gramophone, y boivent chantent
et rient quelquefois. Le confort n’est pas exclu dans ces mini-bunkers où
l’on peut trouver piano, glace, tapis, etc….
La vie de rapport varie selon l’origine géographique des occupants :
particulièrement dure avec les Prussiens, les Badois, les Saxons, les
Wurtembourgeois, beaucoup plus détendue avec les Bavarois et les
Alsaciens-Lorrains. Ces derniers, qui se sentent toujours français sympathisent
même, se montrent pleins de mansuétudes et quelquefois désertent.
De toute façon, le logement des gens de guerre comme nous disions sous l’Ancien
Régime est obligatoire. Serait-il par ailleurs, possible de refuser le gîte et
le couvert à un soldat, sous-officier ou officier ? La reconnaissance naît
quelquefois au terme de cette hospitalité forcée ; on parle fréquemment
d’inscriptions mystérieuses souvent bénéfiques par la suite, celles-ci tracées
à la craie sur la porte par des hôtes parfois d’un jour.
L’accoutumance se transforme en tolérance puis en sympathie. Il n’est
jamais indifférence. Un exemple est relevé à Méricourt où les Bavarois
soignent les jeunes enfants et familiarisent avec eux et avec les adolescents en
distribuant du pain, du chocolat ou offrent de l’alcool ou « en’bonne
chique ed toubac » pour les vieux. Il faut penser qu’eux aussi sont pères ou
grands-pères ou parrains. Les femmes ne craignent pas à Méricourt les débonnaires
Bavarois et leur font sans arrêt des plaisanteries, pas toujours innocentes ;
ils volent les petits pains blancs des officiers (l’armée impériale à le
sens de la hiérarchie, même culinaire). Les farces vont quelquefois jusqu’à
couper les supports des feuillées réglementaires et aussi font éclater des
cartouches dans les paillasses, dérobent de menus objets dont le plus souvent
le rasoir, le plat et les savons à barbe bien précieux. Parfois leurs briquets
ou couteaux de tous les jours disparaissent également.
Malgré cela, malgré le franc parler des femmes, nos braves épouses de
mineurs, il règne le plus souvent l’estime mutuelle, « c’est toudis les
enfants de quéqu’un ». Cette phrase résume bien la pensée pleine de
philosophie, celle des simples.
Les « collabo », la collaboration fut un terme exclusif à 1939-1945. On
trouve un peu de marché noir à Lens commis par des individus d’origine
flamande, depuis les estaminets douteux installés dans la capitale du « Pays
Noir ». Voici ce que nous conte à ce propos Emile Basly, député-maire de
Lens. Mais il faut dire que de tout temps et en tout lieu, le militaire attire
toujours les talents d’une certaine gent féminine et ceci même en période
de guerre.
Les occupants sont en guerre directe mais aussi en guerre indirecte de par les
bombardements, les destructions, les émissions de gaz toxiques.
La tragédie est cornélienne. Nos concitoyens et concitoyennes se trouvent «
arrosés » régulièrement à des moments précis de la journée ou de la nuit,
par l’artillerie française ou britannique. Ces batteries de canons sont
quelquefois servies par des enfants du pays. Ces bombardements anonymes froids,
glacés, visent des objectifs commerciaux comme par exemple les dépôts de
vivres, les parcs à bois des houillères ; ces objectifs sont quelquefois
militaires, dépôts de poudre et de munitions, nœuds routiers et automobiles ;
ils sont aussi balistiques et visent les chevalement des fosses, les cheminées
des usines, briqueteries, les clochers des églises, beffrois des hôtels de
ville.
Ce mitraillage continu par petit ou gros calibre se déchaîne lors des
offensives comme celle de mai 1915 où ce fut la panique, la fuite éperdue à
Liévin, Lens, Méricourt, Sallaumines, comme le cas de l’attaque alliée réussie
puis avortée.
Malheureusement les objectifs civils et les civils eux-mêmes en pâtissent. Sur
142 communes de l’arrondissement de Béthune (Lens étant comprise dedans à
ce moment-là), 103 sont atteintes soit 79 % se décomposant comme suit :
- destruction totale : 36 soit 25 %
- dommages graves : 23 soit 16 %
- dommages inférieurs à 50 % : 44 soit 40 %
Béthune et Lens reçurent la Légion d’Honneur et 85 autres villes ou
villages, la Crois de Guerre.
Les photos ou cartes postales d’après guerre nous montrent des rues, des édifices,
des quartiers transformés en amas de décombres, en magmas sans âme.
Fleury Cresson nous a retracé son retour à Souchez. Chacun à ce moment-là
s’efforce de rechercher, de retrouver son « coin », son âtre grâce à un détail,
un arbre, un carrelage, un puits.
Le passé historique a laissé beaucoup de ses plus beaux atours, châteaux,
moulins, vielles fermes et maisons, églises et croix, calvaires, mobilier ...
et notre tourisme a perdu énormément. Roger Rodière a fait en 1920 un
douloureux bilan pour le mobilier classé et il est - hélas – élogieux.
Aux blessés militaires s’ajouteront les victimes civiles où l’on dénombrera
des morts, blessés ou invalides. Les statistiques sont impitoyables : 12
victimes civiles à Eleu-dit-Lauwette, 35 à Harnes, 350 à Lens, 19 à
Billy-Montigny et 2 condamnés à morts, 10 à Rouvroy, 100 à Hénin-liétard.
On en dénombre 17 à Souchez du 1er novembre 1914 à mai 1915, 200 à Liévin
d’octobre 1914 à octobre 1915.
La liste officielle liévinoise cite 330 victimes mais, comme à Souchez, les
morts ne furent pas toujours retrouvés ni même connus. A Ablain-Saint-Nazaire,
les cérémonies funèbres se déroulent clandestinement ; à Liévin, dans une
poussette à bras, dans un cercueil (pas toujours en bois car le bois est denrée
rare), le défunt quitte le royaume des vivants vers trois heures du matin ou
durant une accalmie. Le plus souvent, ces cérémonies sont hâtives et bien
tristes.
Avant de passer de vie à trépas, le défunt a peut-être été soigné dans
une ambulance, par exemple à Liévin et à Lens. A Liévin, sous l’impulsion
de Marie Liétard et quelques autres, l’ambulance d’abord civile, soigne
blessés français, civils puis par la suite indifféremment civils et
allemands, travaille en collaboration avec la médecine militaire occupante.
Mais, après sa suppression en juin 1915, il ne demeure qu’un médecin des
mines. A Lens, se complète au départ de l’ambulance (c’est-à-dire le
centre de soins fixe, embryon de l’hôpital) municipal puis celle des mines
On vit dangereusement à cette époque faite aussi de privations. Dans des
maisons plus ou moins détruites ou en voie de l’être, souvent également
dans des caves transformées en abris et étayées par des poutres, des
madriers, des troncs d’arbres, des tôles, des sacs de sable, de terre, de
gravats, du ciment, d’argile, la vie continue …N
Bientôt des affinités se découvrent, des liens se créent ; on se rencontre
fréquemment. On établit des communications entre caves. C’est à ce moment
que l’on parle de « Saint-Léger sous Terre », culte souterrain à Lens.
Bien sûr, par la force des choses, ce n’est plus le petit intérieur coquet,
image se composant de la cafetière sur le feu flamand ou sur la cuisinière
mais, malgré les rats, l’humidité, le froid, l’insalubrité, la vie
difficile, l’amitié demeure un réconfort. Le bois et à fortiori le charbon
sont denrées rares convoitées par les civils et les militaires. On récupère
tout ce qui traîne dans les maisons abandonnées ; on grappille le charbon sur
les flancs des terrils et dans les carreaux (cours) de fosses. Bien vite, les
vivres s’épuisent ; le blé et le riz ont été consommés ; le lard a été
entamé ; la bougie se fait rare. La dureté du régime anéantit les
vieillards, le lait pratiquement absent manque horriblement aux enfants. La base
de l’alimentation se compose de pommes de terre essentiellement ; ajoutons-y
un peu de riz, du sucre, du café mais il ne faut pas y inclure la viande de façon
quotidienne. De temps en temps à Liévin, on dépèce un cheval à même la rue
et on le vend directement. Ces chevaux sont ceux qui subsistent des intelligents
chevaux du fond après les inondations du réseau souterrain, et aussi les réquisitions
de l’armée allemande.
A Liévin on consomme un « pain ignoble, à consistance molle et gluante ». La
vente irrégulière et insuffisante de ce pain nécessite, l’hiver 1914 une
longue attente devant les boulangeries. Il faut bien se nourrir …
Au printemps 1915, le comité Hispano-américain (Comitee Relief of Belgium ou
CRB) et le Comité du Nord de la France, distribuent quotidiennement 250 grammes
de pain gris, les haricots rouges bien célèbres, de la farine, du saindoux, du
lard, du poisson salé, des conserves, du café et des biscuits. Depuis Carvin,
cinq ou six commissionnaires assurent par charrettes la navette du
ravitaillement malgré les soupçons, les saisies et les immenses difficultés.
Au départ, les réquisitions permettent la constitution de stocks de blé, mais
les minoterie, moulins à eau ou à vapeur devinrent hors d’usage. On installe
donc l’opération « moulins à café ». Elle commence à Lens,
Loos-en-Gohelle et Avion, sous l’impulsion des responsables municipaux. De
braves ménagères se dévouent pour moudre durant de longues heures, ce qui
deviendra la farine nécessaire. Puis on installera des concasseurs à grains.
Pour éviter la spéculation, ce que l’on appellera en 1940 le « marché noir
», Emile Basly crée un magasin communal. Il y en aura également un à Hénin.
On impose aux habitants de ces communes, une discipline collective mais dans
le cadre d’une vie militarisée et de dictature de l’occupant. Dans la
plupart des villes s’installent des Kommandantur. Ces Kommandantur obligent
les disponibles c’est-à-dire les vieillards et jeunes gens à des corvées de
tous genres, variant selon les communes et selon les saisons. Par exemple, à Liévin,
ils doivent effectuer les travaux de voirie, de nettoyage, la confection de
barricades. Les femmes sont aussi mises à contribution et doivent confectionner
des sacs pour les tranchées. A Méricourt, les jeunes de 12 à 17 ans balaient
et collectent les boîtes de conserves. A Rouvroy on les emploie pour faire les
moissons.
Le 9 octobre 1914, les hommes liévinois de 18 à 50 ans sont déportés en
Allemagne ;de même ceux d’Angres.. A Liévin, internés dans la ville même,
ils demeurent préposés à des tâches campagnardes.
Les contrôles et perquisitions sont fréquents. A Liévin, on oblige les
habitants à inscrire à la craie, sur la porte, la composition du foyer en
donnant des détails du nom, prénom, âge et sexe. Des jeunes essaieront de se
soustraire à ce régime. Il encoure comme à Angres par exemple à une peine de
15 jours dans une fosse à purin ; à Lens, certains échapperont à la botte
ennemie, mais bien peu.
« L’espionnite » sévira en particulier près du front. On rencontrera
certes des tentatives d’espionnage mais en général, si le désir est dans le
cœur, la réalité fait peur et puis il est difficile de communiquer avec ceux
qui sont bien près géographiquement mais tellement loin pratiquement.
A Liévin, un soir après le couvre-feu, on se trouvera en présence d’un
individu suspect déguisé en femme ; espion allemand ou allié ? Un adolescent
de 19 ans, neveu d’un pharmacien liévinois tente de franchir les lignes à
l’aide d’une carte de l’artillerie allemande et des renseignements écrits.
Pris par les ennemis, il sera torturé puis exécuté.
Dans la crainte, les lumières, les bougies ou lampes à pétrole sont
proscrites afin d’éviter d’éventuels signaux à l’adversaire et un
couvre-feu très strict règne et s’établit dès cinq heures de l’après-midi
à Liévin. On confisque même un clairon à un pompier d’Angres.. Le 6
octobre 1914, l’abbé Warendeuf, curé d’Ablain, fait sonner les cloches.
Arrêté, il est déporté à Douai. On l’accusera de transmettre un message
aux troupes françaises. Deux coups auraient signifié non, un coup oui. Ceci
nous rappelle un célèbre roman d’espionnage de Pierre Nord.
En cette période de trouble, la connaissance de la langue germanique devient un
motif d’arrestation pour les suisses résidant à Liévin. Des soldats français
qui ne se sont pas rendus et qui se sont cachés sont fusillés comme des
espions dès leur découverte. Etre anglais est également un crime : on arrête
un jockey, domestique de Maître Tacquet, notaire lensois. Les adolescentes et
les femmes liévinoises doivent se soumettre à une visite médicale effectuée
par un médecin-major allemand. Précaution inutile et vexatoire cela fait bien
partie de la tradition hygiénique et germanique.
De nombreuses personnes se trouvent expulsées et passent devant le conseil de
guerre. A Liévin, le directeur de la Compagnie des Mines, est accusé d’avoir
soustrait des chevaux à l’ennemi, en fait 30 au fond de la fosse 3 de Liévin
au profit des civils. Un ingénieur responsable du 4 de Liévin à Avion est
interpellé pour avoir fait des signaux. Un prêtre grossit le lot des accusés
avec le commissaire de police, Monsieur Marteau enfermé plusieurs jours dans
son bureau.
On compte quinze personnes expulsées à Lens le 18 octobre 1915 ; ce sont des
industriels, commerçants, prêtres ... L’abbé Wantier, curé de Méricourt,
estimé, connu pour son franc-parler, craint des occupants, lit son bréviaire
à la cuisine avec sa lampe ; il sera inquiété. A Billy-Montigny, l’abbé
Jean-Baptiste Sauvage, curé depuis 1890, est arrêté le 3 octobre 1914 ; il
mourra à Gustrow en Mecklembourg le 11 octobre suivant. Un vitrail rappelle sa
mémoire en l’église du lieu.
On peut donc remarquer que les prêtres furent très souvent inquiétés.
Détenir des pigeons voyageurs ou autres volatiles inoffensifs destinés
seulement à la casserole et aux petits pois devenait un crime, un sacrilège
punissable quelquefois de mort. Les « coulonneux » se doivent de tuer en hâte
ou remettre leurs fidèles amis s’ils ne veulent pas être inquiétés.
Transporter un couple de pigeons, même morts est périlleux. Ce fait est
corroboré par de nombreux témoignages pas seulement dans notre région, mais
également dans le Nord, à Hasnon par exemple. Paul Busière sera dénoncé et
non suspecté d’espionnage malgré la proximité des lignes françaises en
fera les frais et finira par être fusillé à Liévin.
Malgré des « Kommandantur » d’occupation, autorités locales de cette période
d’histoire, les autorités françaises sont demeurées à leur poste. Les
gendarmes, militaires avaient fui sur ordre. Les commissaires de police
restaient comme ceux de Billy, Liévin, Lens ; ce dernier fut blessé d’un éclat
d’obus dans son bureau et dû être amputé d’une jambe. Ce qui reste des
notables constitue l’autorité provisoire mais néanmoins responsable. A Liévin,
c’est Arthur Lamendin, député et ancien maire, le deuxième adjoint François
Sélame ; à Montigny-en-Gohelle se constitue un comité de salut public :
l’abbé Cossart, curé, Arthur Houssin, adjoint et Dieu, directeur d’école
en font partie. A Loos-en-Gohelle, c’est l’abbé Campagne, l’organisateur
de cette vie communautaire. Les compagnies minières contribuent elles aussi au
mieux être des gens et il en découle une émission de bons municipaux à Liévin,
Lens, Loos-en-Gohelle, Montigny et de bons des mines dit aussi « billets de nécessité
» comme à Liévin.
Cependant, ces mêmes compagnies sont touchées par une forme insidieuse mais
coûteuse de la guerre : la guerre économique.
Dès le 4 octobre 1915, moment de la prise de Loos-en-Gohelle par les Anglais,
les Allemands font sauter les cuvelages, dynamitent les chaudières à Lens.
A Liévin et ceci depuis octobre 1914, les Allemands précipitent les berlines
dans les puits ; les échelles de remontes et les guides des cages sont détruits
systématiquement par eux.
Avec l’attaque contre Lorette en 1916, c’est la recrudescence même au fond
où avec les plans, le dynamitage des cuvelages est scientifique, rationnel et
fait partie d’un plan militaire. Les eaux souterraines envahissent les puits
voisins et qu’ils soient de compagnies différentes ou de zone occupée ou
libre. Cette œuvre de mort coûtera bien cher et nécessitera leur
reconstruction qui se poursuivra jusqu’en 1929. Cette démolition reprendra de
plus belle en octobre 1918. Lens, Liévin, Carvin, Courrières ne sont pas épargnées.
Et n’oublions pas que dans les troupes allemandes on revit des anciens ingénieurs
qui avaient participé avant 1914 à l’entretien ou au montage de certains
puits.
La production baisse : 4 000 000 tonnes de charbons extraites en 1913, 1 940 597
tonnes en 1915 et 2 220 035 tonnes en 1917 pour les mines du
Pas-de-Calais. Au démantèlement des houillères répondent les réquisitions
de métaux : bronze (cloches de la ville de Lens), cuivre à Lens et à Carvin
mais aussi bois, charbon et des machines-outils, matériel de voies ferrées.
La fin du calvaire arrivera pour les ressortissants des communes proches du
front. A Harnes, du 3 octobre 1914 à octobre 1918, ce fut l’occupation, mais
le 17 avril 1917, c’est le départ vers la Belgique et Raismes (Nord) et le 5
juillet 1917,sur Auby (Nord). A Billy-Montigny, le 15 avril 1917, c’est
l’exode vers la Belgique. A Lens, la libération du 4 octobre 1918 met fin à
4 ans d’enfer et un plan de fuite est organisé : 10 000 lensois
évacués en mars 1917, 4 000 le 11 avril 1917 vers la Belgique, la Suisse (Schaffouse)
et Evian. A Liévin les derniers habitants à quitter la ville le font en
janvier 1917 par une température de moins 14 degrés et deux enfants et un
vieillard y perdront la vie. Nous verrons pour finir le triste repliement de
Souchez ; 60 personnes fuient en janvier 1915 pour la Belgique, l’Allemagne et
la Suisse et après trois mois de voyage, atterrissent en Cantal et en Creuse ;
les autres, dans la nuit du 7 au 8 mai 1915 gagnent Loison-sous-Lens par camions
et par chemin de fer et arrivent à Bouchain où le 29 décembre 1915 et en février
1917 ils rejoindront Schaffouse en Suisse.
2 - LA VIE EN ZONE LIBRE :
Elle s’accompagne d’abord d’une augmentation de la population : Auchel
passe de quatorze milles à vingt voire vingt-cinq milles habitants,
Bruay-en-Artois (alors Bruay-les-Mines) de vingt-cinq à cinquante milles âmes.
On remarque ce changement dans les villes minières mais également dans de
nombreuses agglomérations rurales.
De nombreux réfugiés viennent de la zone occupée ; à Burbure, ils arrivent
d’Avion et de Liévin.
Il faut aussi compter sur les cantonnements de militaires de nationalités
diverses ; outre française, britannique, hindoue, australienne, canadienne,
portugaise, indochinoise (tonkinois et annamites), africaine du Nord, sénégalaise.
Cet afflux de population s’entasse dans des taudis, ou des foyers surpeuplés,
crée une proximité pas toujours bien saine. Certains liévinois entre autres,
se fixèrent ailleurs, soit à Auchel, Cauchy-à-la-Tour. Pour ceux-là ce fut définitif
; ils y restèrent.
Voyons maintenant quels furent les rapports avec les militaires. La sympathie
est de règle à Nœux d’après M. Dehaine, avec les Anglais, surtout pour les
enfants. On réussit même à voler un cheval. On mange beaucoup, trop même de
corned-beef que l’on nomme « le singe » de l’époque ; on en a « soupé
», on en veut plus ; d’après une légende concernant ce mot, un noir serait
tombé dans le concasseur, légende puérile … qui circule à Nœux.
On ne connaît pas la faim grâce à ses hôtes et de plus ils possèdent de
l’argent. Alors s’instaure le commerce, la débrouillardise, le colportage
dans un « franglais » que ne désavouerait pas Etiemble. On pratique le
commerce des confiseries, des fruits, des gâteaux (beignets, gaufres,
plum-pudding). Ce petit négoce des époques troublées devient vite prospère.
On troque des souvenirs, des cartes, par exemple Bruay en monnaie marchande.
La vie semble heureuse, presque insouciante. Ce n’est pourtant pas le cas en réalité
; par exemple à Estrée-Blanche on se plaint de la montée des prix. Le Maréchal
Fayolle dans ses carnets dépeint la tristesse de certains cantonnements à Acq,,
Camblain-l’Abbé, Gauchin-le-Gal et environs et même de la saleté qui y règne.
Un officier français a des propos désabusés dans ses lettres relatant son
stationnement à Fontaine-lez-Boulans :
« Mardi 6 juillet 1915 Lettre n° 11 -
« Nous sommes installés depuis hier soir, pour le repos, à
Fontaine-lez-Boulans… Une quinzaine de jours, peut-être moins, peut-être
plus. Nous ne somme pas mal, mais en Alsace nous étions mieux : le pays était
plus propre et plus gai ; les gens plus serviables et les denrées moins chères.
Ici nous payons les œufs sept sous les deux, le vin dix-huit ou vingt sous le
litre ; il est certain que les gens nous exploitent, c’est à ce demander
s’ils ... »
« Lettre N° 13 -
« Comme ici ils ne nous craignent pas, ils auraient plutôt de se désintéresser
de nous, ou de chercher comment ils pourraient tirer profit de nous. Pure bêtise
! car les soldats travaillent d’autant mieux qu’ils se sentent plus aimés
et les communes voisines du champs de bataille auraient tout à perdre à négliger
leurs hôtes temporaires. A ces réflexions tu dois reconnaître mon caractère
peut-être « ronchonnant ». Du reste je doit ajouter que le lait d’ici est
excellent, à peu près aussi bon que celui des Vosges, c’est-à-dire meilleur
qu’à Blanzy, et qu’il ne coûte que quatre sous le litre (rarement cinq) ;
on le vend à la pinte (demi-litre). Il me semble que le beurre d’Artois a une
certaine renommée. On vend aussi de la bière passable à deux sous la chope
(grand verre) ». (Collection Marcel Bayart à Anvin).
Les registres historiques de Paroisse se plaignent des rapports trop étroits
avec certains militaires à Ames, Bailleul-les-Pernes etc. ... et déplorent que
les chairs mollissent. Comme en 1815 avec les Danois ou les Anglais il y a des
naissances illégitimes. Mais il n’y a pas de moment heureux car les obus sont
apatrides : ils touchent tout le monde, même les civils innocents. Ces obus
sont lancés par les canons, l’aviation (Taubes), les ballons dirigeables («
saussices » ou Drachen). A Bully 37 femmes et 54 hommes sont abattus. La vie
est tragique à la paroisse des Brebis (Mazingarbe et Bully), dépeinte par
l’abbé Varret, même chose à Sains-en-Gohelle d’après Arsène Frère et
l’abbé Darras, curé de la fosse 10 dite Sains-les-Mines, 270 obus et 71
bombes tombent à Bruay et l’on ramassera 48 tués et 13 blessés.
A Nœux c’est le couvre feu de sept heures le soir à six heures du matin dès
janvier 1915 ; le 10 Mars 1915 l’usage du masque à gaz devient obligatoire
pour les civils.
350 maisons ruinées, 151 morts et 151 blessés, tel fut le triste bilan dans
cette ville minière qu’est Nœux.
Les objectifs militaires attirent les bombardements : camp d’aviation anglais
au « Mont de Lozinghem » (entre Auchel et Lozinghem).
Et l’espionnite fleurit également : contrôle des pigeons voyageurs, conseil
de guerre et déportation pour la famille Moreau à Loos-en-Gohelle, cité 5,
accusée injustement par des voisins jaloux de faire des signaux à
l’ennemi.
Et pourtant la vie doit continuer et les molettes tournent encore, tant bien que
mal pour l’effort national (surtout à l’occasion d’hivers froids). On
renvoie les mineurs chez eux avec les fuyards. En 1917 on relève 22 000 mineurs
à Bruay au lieu de 11 000 en 1913. On « écrème », on brade veines et
gisements. Il suffit de citer l’exploitation des mines de Bruay : 2 700 000
tonnes en 1913, 4 504 000 tonnes en 1917.
On manque de bois ; on exploite dans le Pas-de-Calais les forêts d’Hardelot
et d’Olhain. On va chercher le bois dans l’ouest et le centre de la France
pour étayer les galeries. Mais comme difficultés il y a l’eau (dans les
puits des mines de Béthune il y a infiltration des nappes souterraines venant
de Liévin et de Lens), les bombardements qui nécessitent des protections en
ciment et le camouflage des fosses. Le travail se fait de nuit sous la menace
des canons ; en août 1914 la compagnie de Béthune 7 200 tonnes par jour ; en
septembre 1914, 2 750 tonnes et en janvier 1917, 2 000 tonnes par jour. Le 26
septembre 1917 une émission de gaz asphyxiants sur la fosse 9 de Béthune
atteint 12 personnes qui mourront. La compagnie des mines de Béthune perdra 400
mineurs, 400 « héros de la mine » comme dira Clémenceau.
Nous n’insisterons pas sur la vie pénible du « poilu » que nous décrit
bien à l’époque le capitaine Humbert :
« Regardons cet Alpin qui va s’efforcer de remonter le boyau.
« Tous le bas de son corps, jusqu'à la ceinture, est enfoncé dans la
salopette de toile bleue, où il a dû faire rentrer les pans de sa capote,
s’il ne les a pas coupés à mi-cuisse ; ses jambes jusqu’au genoux sont
ficelées dans des sacs à terre ; un sac à terre recouvre son casque, qui
luirait au clair de lune. Il n’emporte pas de couverture ; à quoi lui
servirait-elle, aussitôt détrempée ? Il n’aura pour confort que sa toile de
tente, roulée autour du corps. Un doigt de drap attaché au quillon par une
ficelle ou un lacet de cuir, protège la bouche de son fusil, et, pour pouvoir
tirer en arrivant là-haut, il a entourer de toile tout l’acier de la culasse.
« Deux grosses musettes et son bidon de deux litres, « sa torpille », pendus
en bandoulières lui tirent sur les épaules, le voilà prêt à entrer dans le
boyau.
« Il enfonce les deux jambes jusqu’aux genoux, il tente d’en soulever une,
mais il lui faut, pour cela, soulever la boue lourde, collante, compacte qui
s’est refermée par dessus son pied ; où prendra-t-il appui ? A droite comme
à gauche, c’est le talus éboulé le talus de boue où la main s’enfonce.
Il dégage sa jambe pourtant, mais les muscles de la hanche ont travaillés
ferme et, après quelques mètres de travail, il s’arrête épuisé pour
reprendre haleine... Il repart. Le bombardement commence, les 210 arrivent en
ronflant, les torpilles sans qu’on les entende. Que faire ? Se coucher ? Il ne
peut ; il est enfoncé dans la boue jusqu’aux genoux. Courir ? Avancer ?
Reculer ? Il ne saurait remuer avec une moindre lenteur. S’abriter ? Il n’y
a rien, rien que le grand boyau rectiligne et évasé. Il n’y a qu’à rester
là, pris par les pieds ... »
Disons simplement que Notre Dame de Lorette a toujours eu ses adeptes dans
l’armée et la chapelle Notre Dame de Noulette fut le théâtre du dépôt de
messages touchant évoqués par le poète Marc Bernard.
En conclusion, nous dirons que la « Grande Guerre » a détruit un capital
civil, industriel et historique de façon volontaire ou involontaire. Les mœurs
ont évolué, la reconstruction a été dure. Elle a donc constitué une rupture
et marque la fin du XIXème plus que 1900 et le début du XXème siècle.

Cathédrale d'Arras avant et après la première guerre
CHRONOLOGIE REGIONALE
1914 : 31 août Passage des Allemands à Arras
12 octobre Occupation de Lille
du 1er au 26 octobre Première bataille de l’Artois
du 17 au 20 octobre Offensive anglaise vers La Bassée
1er décembre Les Français prennent le château de Vermelles
1915 : 26 janvier Les Anglais prennent Givenchy
10 mars Les Anglais prennent Neuve-Chapelle
15 mars A Notre-Dame de Lorette, prise des promontoires par les Français
15 avril Prise de l’éperon sud-est de Notre-Dame de Lorette
9 mai Offensive alliée en Artois : Prise de La Targette
29 mai Prise d’Ablain Saint-Nazaire
9 juin Prise de Neuville Saint-Vaast
17 juin Prise du Labyrinthe
5 juillet Incendie de la Cathédrale et du Palais Saint-Vaast d’Arras
25-29 septembre Prise de Souchez et Loos-en-Gohelle par les Alliés
1916 24 – 28 janvier: Offensive allemande en Artois
1917 9 – 10 avril: Prise de Vimy par les Canadiens
1918 9 avril: Offensive allemande en Flandres :
prise de Laventie, Richebourg-Saint-Vaast, Armentières,
Locon, Offensive stoppée devant Béthune.
18 juillet :Contre-offensive générale alliée.
2 octobre: Les Allemands évacuent Lens et Armentières
16 octobre: Tout le Pas-de-Calais est libéré.
► Retour
sommaire : Histoire régionale
► Les
sites de la Grande Guerre en Artois : Lorette, Vimy.
►
Des récits de poilus
http://GJGG.FREE.FR/priv/guerr14_18/
►
base de donnée consultable de
l’ensemble des sépultures militaires française 14-18 situées dans les
Flandres françaises et belges http://www.inflandersfields.be/
►
site relatif aux monuments
commémoratifs du Pas-de-Calais http://pagesperso-orange.fr/memoiresdepierre/
►
site de la Mission Histoire du Conseil Général de la Meuse
: www.verdun-meuse.fr
►
http://www.premiere-guerre-mondiale-1914-1918.com/
Roman sur la Grande
Guerre dans le Nord-Pas-de-Calais intitulé "Cabaret Rouge: Midi trente !". Ce
livre est destiné à perpétuer la mémoire des combattants de l'Artois et à faire
découvrir les lieux de mémoire aux portes de Lens. site:
http://cabaretrougemidi30.free.fr/ Auteur:
Christophe Rouviller |